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Escapade pour un week-end réconfortant : découvrir un Matisse méconnu au pays du Lucullus

Escapade pour un week-end réconfortant : découvrir un Matisse méconnu au pays du Lucullus

31 décembre 2015 | PAR Sabina Rotbart

Découvrir un Matisse méconnu, celui qui se passionne pour l’estampe, au Cateau-Cambrésis, sa ville natale, dans le musée dont il eut l’initiative en 1952, devrait permettre de retrouver nos esprits égarés par le temps présent et de soigner nos cœurs troublés. Quant aux solides victuailles, elles se chargeront de réjouir nos corps.

 

Vous pensiez connaître Matisse ? Nous aussi. Pourtant l’exposition installée depuis peu au musée de Cateau-Cambrésis, la petite ville où il est né, tout près d’Arras, s’avère sidérante de fraîcheur et lève les idées préconçues. Pendant la deuxième guerre mondiale, s’approvisionner en couleurs devient presque impossible, aussi en 1938/1939, l’artiste passe à la gravure, à la pointe sèche. Il va expérimenter ensuite à peu près toutes les techniques, jusqu’à la linogravure et même à la gravure sur bois, dont les quatre seules existantes, sublimes, datant de 1906/1907 sont présentées. Lui qui aimait saisir la fulgurance du trait s’éloigne ensuite d’un procédé technique qui demande trop de préalables.

Parmi les 200 gravures présentées, la plupart inconnues, prêtées par la famille, la collaboration étroite entre les descendants de l’artiste et le Musée se révélant un modèle de coopération intelligente. Impact de la découverte des masques sur le tracé allusif de la figure humaine, moment plus figuratif des années trente, puis accent mis sur les volumes où la gravure flirte avec la sculpture, un autre Matisse se précise là. Et l’on saisit beaucoup mieux celui qui affirmait qu’ »il faut toujours rechercher le désir de la ligne, le point où elle veut entrer et mourir ».

Mis en appétit par la visite (prévoir deux heures), vous pouvez aborder le sympathique petit restaurant du musée (à partir de 14 euros à déjeuner) ou filer vers Valenciennes, à 40 kms à l’Auberge du bon fermier, une table locale célèbre pour son amusant décor moyenâgeux (www. bonfermier.fr).

Pourquoi ne pas prendre le week-end et faire un stop à Valenciennes. Valenciennes direz-vous, mais pourquoi? Pour Carpeaux et pour Watteau d’abord, les deux célébrités locales, mais aussi parce que cette ville que l’on ignore trop souvent, que l’on dépasse en allant de Paris à Bruxelles, vaut plus que le détour comme disent rituellement les guides bien policés. Elle l’exige. Cette ville qui fut l’Athènes du Nord au XIXème, un carrefour commercial autant qu’artistique et qui a fourni des bataillons de Prix de Rome, possède un des grands musées du Nord. Des peintres flamands en veux-tu en voilà (Rubens, Van Dick, Jordaens…) et surtout une collection exceptionnelle de Watteau (prononcez ouateau) et Carpeaux.

Comme le musée des Beaux-arts de Valenciennes vient juste de rouvrir, restauré, mis en lumière dans une scénographie habilement repensée, il semble impossible de s’en priver. Et puis notre route ne croise pas si souvent une ville classée première capitale culturelle des petites cités de moins de 50 000 habitants. Comme des œuvres de Carpeaux sont disséminées par les rues et par les parcs, enfants avec leur coquillage ou une épuisette à la main, tous animés, rieurs, pris dans un mouvement incroyable, pratiquez donc un peu la dérive urbaine avant d’aborder le musée, typiquement IIIème République. Mais sa rénovation récente l’éloigne des pompes républicaines, pour en faire un lieu coloré, joyeux.
Deux moments forts dans ce musée, la volée de bustes de Carpeaux installés sur un grand socle en couronne, un dialogue très vivant qui souligne la singularité de chacun et l’exposition temporaire « Rêveries italiennes, Watteau et les paysagistes français du XVIIIème » qui tire son origine de la redécouverte récente d’un tableau de l’artiste. « la chute d’eau », un Watteau inconnu qui représente la cascade de Tivoli près de Rome, avec déjà ces personnages libertins qui s’ébattent dans une nature très préparée. L’exposition thématique dévoile comment Watteau fut un peintre d’avant-garde, avec son goût pour le paysage italien, romain ou même vénitien, cet attrait pour Titien ou Campagnola, cette Italie aimantant l’Europe entière qu’il n’avait lui-même d’ailleurs jamais visité. On découvre comment son intérêt pour le pittoresque et la langueur des ruines ouvre une voie qui sera développée sur le terrain cette fois par Hubert Robert, Boucher et qui donnera naissance à la vision romantique de la nature.
Terriblement alléchés par ce détour sensuel, vous foncerez ensuite croquer d’autres délices, comme ce Lucullus, mets ultra sophistiqué fait de foie gras et de bœuf fumé. (Au Chaudron , à Valenciennes par exemple). Goutez et demandez vous ensuite de quoi au juste il est fait. Vous serez surpris !

Musée Matisse Le Cateau – Cambrésis, (Matisse et la gravure, l’autre instrument, jusqu’au 6 mars 2016, 7 euros, tous les jours sauf le mardi-10-18h, le 25 décembre et le 1er janvier). [email protected]) Le Cateau est accessible en 1h30 par la gare de Paris-Nord, desserte gratuite ensuite pour le musée. Tel : 03 59 73 38 00.

Musée des beaux–arts de Valenciennes, tel : 03 27 22 57 20, www.musee.valenciennes.fr
Fermé le 1er janvier, ouvert du mercredi au dimanche. A Valenciennes, pour dormir, on trouve un château dans les environs, le château d’Aubry sinon, dans le centre ville, le Grand hôtel, art déco, est un bon repère www.grand-hotel-de-valenciennes.fr Sinon piochez sur www.tourismevalenciennes.fr.

Mais pourquoi ne pas dormir à Lille et en profiter pour découvrir le lAM à Villeneuve d’Ascq, une collection aussi importante rassemblant art moderne, art contemporain et art brut, la seule vraie grande collection en France. www.tourisme-nordpadecalais.fr

Sabina Rotbart

Visuels : DR et 5. Campagnola (entourage de) – Paysage avec deux musiciens assis sous des arbres – Louvre DAG – RMN-Grand Palais, photo Thierry Le Mage

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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