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Décès du célèbre peintre figuratif Lucian Freud

Décès du célèbre peintre figuratif Lucian Freud

22 juillet 2011 | PAR Morgane Giuliani

Né à Berlin en 1922, petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse Sigmund Freud, Lucian Freud est considéré comme l’un des peintres majeurs du 20ème siècle, ayant redonné ses lettres de noblesse à la pratique du portrait. Il est décédé le 20 juillet dans sa maison de Londres des suites d’une brève maladie a annoncé son galleriste, William Acquavella.  Retour sur le parcours d’un artiste de référence.

Lucian Freud grandit dans un milieu aisé en Allemagne auprès de son père Ernst, architecte, et de sa mère Lucie, héritière d’une fortune importante. En 1933, ils fuient l’oppression nazie, et se rendent en Angleterre, dont Lucian obtient la nationalité en 1939. Alors qu’il se destine d’abord à devenir jockey, il suit finalement des études d’art dans différents établissements londoniens. Il fréquente notamment la Central School of Art and Drafts, où il est admis grâce à sa sculpture en grès d’un cheval. L’établissement brûle quelque temps après, et la légende persiste à dire que c’est Lucian Freud lui-même qui aurait accidentellement déclenché le feu avec un mégot de cigarette.

Ses premières réalisations sont des illustrations du recueil de poèmes « The Glass Tower », de Nicholas Moore. Pendant sa jeunesse, Lucian Freud voyage entre Dublin, Paris, la Grèce, et vit le reste du temps dans la capitale britannique. D’âme bohémienne, il se plait à dire que « la dette le stimule« . En 1948, il épouse Kitty Garman, fille du sculpteur Jacob Epstein. Il réalise de nombreux portraits d’elle, dont notamment le célèbre « Girl With Roses », « Girl With A Kitten » (1947) et « Girl With A White Dog » (1951) (voir ci-contre). Suite au divorce, il se marie une seconde fois avec Lady Caroline Blackwood, mais il aura également de nombreuses maîtresses.

C’est à cette époque que Lucian Freud effectue un revirement stylistique, commençant à définir sa propre identité artistique. Il va en effet remettre au goût du jour l’art du portrait, délaissé dans l’après-guerre. Alors que sa peinture est d’abord associée au mouvement surréaliste, il rejette frontalement cette association, déclarant : « Je ne pourrais jamais mettre en peinture quoique ce soit que je n’aurais pas réellement devant moi ».

Aussi, Freud commence à réaliser des portraits dans les années 50 et notamment, des nus. Il puise l’inspiration dans les artistes allemands du mouvement « New Objectivity », comme Georg Grosz et Otto Dix, mais aussi Albrecht Dürer et des maîtres flamands comme Hans Memling. Cependant, il admire avant tout le peintre britannique Francis Bacon et son travail brute, audacieux de la peinture. Freud marque sa différence par un traitement cru des corps, de la chair, en recourant à la méthode de « l’impasto », consistant à répandre d’épaisses couches de peinture sur une partie du canevas, voire, sur la surface entière, jusqu’à ce que les coups de pinceaux soient apparents. Il procède aussi à un nettoyage systématique de ses brosses après chaque passage, permettant de conserver le relief des traits intact.

Dès lors, les corps prennent véritablement vie, paraissent palpables et il se dégage une sensualité particulière. Cela est également rendu possible par l’implication poussée de Freud, demandant à ses modèles de poser de longues heures, commençant les portraits par la tête, « pour mieux les connaître« . Très observateur, il parvient à saisir l’essence de ses sujets, et transposer leur état d’âme dans des regards empreints de tristesse ou de lassitude. On a parfois qualifié cette célébration de la chair comme excessive et inesthétique, faisant preuve d’ une fascination dérangeante, en comparaison aux nus classiques et épurés de la Renaissance.

Enfin, Lucian Freud se démarque en peignant essentiellement des personnes qu’il connait. Aussi, il passe plus de 4000 heures à peindre sa mère dans les années 70. A ce sujet, il déclarait : « J’ai un fort parti-pris autobiographique. Mon travail porte entièrement sur moi et mes proches ». On lui connait donc essentiellement une quantité impressionnante de portraits, pour la plupart concentrés sur le sujet, souvent allongé sur un lit, un canapé, voire, à même le sol. Par ailleurs, il avait également souvent recours aux animaux en tant qu’élément supplémentaire de ses tableaux, comme dans « Girl With A White Dog ».

D’abord fortement critiqué, il est finalement célébré aux Etats-Unis à la fin des années 80, son travail exposé au Hirshhorn Museum de Washington, alors qu’aucun musée de New-York n’osait l’exposer. C’est finalement le célèbre Musem of Modern Art (dit aussi Moma) qui organisa une rétrospective de son oeuvre en 1993. Enfin, les années 2000 ont vu une belle histoire s’écrire : en 1995, Lucian Freud peint le portrait de Sue Tilley, une simple fonctionnaire anglaise (voir ci-contre). De forte corpulence, le tableau la montre allongée nue sur un canapé, semblant endormie. En 2008, me tableau est adjugée pour 34 millions de dollars à une vente aux enchères de Christie’s à New-York, un record absolu pour un artiste encore vivant. Histoire singulière qui a passionné les médias et artistes dans le monde entier.

Lucian Freud laisse derrière lui une vie dédiée à la peinture, mais aussi à ses proches (il a de nombreux enfants). En peignant presque exclusivement des nus, il est parvenu à saisir l’essence même du 20ème siècle : le culte de la transparence.

Peintures : Girl With A White Dog, Self-Portrait, Sue Tilley

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Morgane Giuliani

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