Le Buzz
Rencontre avec Frédérika, résolument une Super-Mamika

Rencontre avec Frédérika, résolument une Super-Mamika

20 mars 2011 | PAR Floriane Gillette

Accueillie par son petit-fils, le créatif et photographe Sacha Goldberger, nous nous installons dans un confortable canapé. Quelques instants plus tard Frédérika, dit « La Reine  » comme l’annonce Sacha, arrive. Son genou la fait souffrir mais une fois arrivée devant nous, c’est un grand sourire qui illumine son visage.  Élégante, jusqu’au bout des ongles, soigneusement vernis, Super Mamika nous observe avec tendresse. Jamais avare de compliments, elle ponctue la rencontre de sympathiques remarques, à notre égard, et d’anecdotes qui ne manquent pas de piquant. Bavarde mais jamais ennuyante, Frédérika évoque sans détour ses origines hongroises son arrivée en France, son travail dans la correction de dessin imprimé.

Parfois, la mémoire lui joue des tours, mais à 92 ans, entourée de sa fille et de son petit-fils Super Mamika montre qu’à la ville elle est aussi une Super Frédérika, dynamique, joyeuse et généreuse.

Pourquoi avoir accepté il y a quatre ans de devenir Super Mamika et de faire ces photos ?

F : J’ai travaillé jusqu’à mes 80 ans, et je voulais continuer mais on n’embauche pas des  personnes de cet âge même si je me rajeunie de dix ans. Je me sentais un peu déprimée et je crois que mon petit-fils l’a remarqué. Il m’a alors proposé de faire ces photos. Mais je suis timide, sincèrement, alors j’ai hésité et puis … (Frédérika nous fait une confidence : j’aime bien l’embêter donc je ne voulais pas dire oui tout de suite).

Que vous apportent ces séances photo ?

F : C’est une raison de vivre, comme je ne peux pas travailler et ainsi je vois mon petit-fils plus souvent. Il y a eu des articles dans le Times, des magazines italiens, allemands, hongrois et chinois, brésiliens…  Je ne comprends pas cet engouement. Ce n’est pas lucratif, peut être ça le deviendra. Grâce à ces séances je suis entourée de jeunes et je reste en contact permanent avec des gens. Vous savez le travail c’est une aubaine.

Vous sentez-vous vieille ?

F :Naturellement, je me sens vieille. Je suis née en 1919, ça fait beaucoup, mais je n’attends pas la mort comme je n’ai pas de maladie.

Quel est le message diffusé par ces photos ?

F : Je souhaite montrer qu’il est plus intéressant de travailler ou du moins de rester actif. Il faut dire qu’il est plus agréable de vivre dans la dérision. L’humour est une façon de résister, contre le temps qui passe par exemple et d’avancer. Dans la rue, certaines personnes me reconnaissent et je leur dit non non ce n’est pas moi. (rires). Nous recevons du courrier d’enfants et petits-enfants qui ont offert le livre à leurs grands-parents.  Je pense que ces photos montrent que ce n’est pas parce que nous sommes vieux que nous sommes bons à jeter à la poubelle.

Ces séances vous amusent t’elles ? F : Bien sur que je m’amuse, mais parfois j’aime dire à Sacha que ça m’énerve, (Frédérika nous fait un clin d’œil) je ne veux pas trop lui montrer que j’aime ça (rires).

Sacha : Parfois elle se plaint, alors on arrête de faire des photos pendant un moment. Puis elle revient vers moi et me demande quand est prévue la prochaine séance. Je lui réponds que je croyais qu’elle ne voulait plus en faire. Finalement, ça lui manque.

Êtes -vous d’accord avec la façon dont on traite les seniors aujourd’hui ?

F et S : Au départ, on ne s’est pas penché sur la question, la démarche était purement humoristique. Mais en France, les personnes âgées sont souvent laissées de côté. Progressivement ça change car la peur de vieillir, la maladie sont des thèmes qui commencent à susciter l’intérêt. En Afrique, par exemple cette mise à l’écart n’existe pas.

S : Je crois que l’on parle de mes photos car justement les médias donnent une représentation caricaturale de la vieillesse. Représenter ma grand-mère en Super-héros c’était aussi pour montrer que le super-héros vieillit, prend le taxi pour voir du monde plutôt que de voler seul, peut être malade…il arrive aussi qu’il se prenne une vitre.

Sacha, à l’origine, avez-vous choisi expressément de mettre en scène une personne âgée ?

Non, je n’ai pas réfléchi si c’était une bonne idée de faire ça. Je fais juste les choses avec et pour les gens que j’aime, pas parce que c’est une vieille dame. Et ma grand-mère s’est révélée être une très bonne comédienne.

Y a t’il de nouvelles aventures de Super Mamika  en cours ?

S : Oui, oui bientôt,  Mamika aura un fiancée Papika, âgé de dix ans de moins et un amant Papouka.  Nous travaillons aussi sur le projet d’un moyen-métrage. Une fiction qui mettra en scène une grand-mère qui raconte sa vie extraordinaire à ses petits-enfants. On verra alors cette mamy dans sa jeunesse en Marilyn Monroe, marcher sur la lune… la comédienne jouant Mamika jeune devrait être Mélanie Thierry.

Livre : Grande petite grand-mère, Sacha Goldberger, Essai (broché).

Playlist : Vieillir
Rencontre avec le chorégraphe Mickaël Phelippeau, quand les danseuses vieillissent
Floriane Gillette

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture