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Entre le disquaire et le café, voici le Walrus

Entre le disquaire et le café, voici le Walrus

15 juillet 2014 | PAR Bastien Stisi

Ouvert le 19 avril, le jour du Disquaire Day, le Walrus fusionne les notions de café détente et de disquaire exigeant, et en ressort un concept, inédit à Paris : proposer, par-delà le snobisme et le sectarisme culturel, un lieu de vie et d’échanges consacré à la glorieuse musique pop et rock.

Dans la rue de Dunkerque, qui relie la très populaire Gare du Nord à la très gentrifiée avenue de Trudaine (la mixité sociale est encore ici bien réelle), une enseigne attire l’œil des badauds les plus attentifs. Il y a un nom qui évoque le morceau culte et perché des Beatles (« I Am The Walrus »), et aussi du café, des vinyles, des CD, un stand éphémère de tatouages, et des gens avec des sourires au visage à l’intérieur. Il faut donc y rentrer, et y découvrir un espace où les murs, lorsqu’ils ne sont pas couverts par des vinyles à vocations ornementales, sont largement peinturés par des flyers anciens, récupérés sur le net et collés avec une minutie d’orfèvre. La décoration est chargée, mais évoque davantage la richesse d’un cabinet de curiosités branché que le bazar de vide-grenier désuet.

Ici, un large corridor laisse d’abord entrevoir un bar aux motifs losangés noirs et blancs, porteur bienheureux de la licence IV depuis le 21 juin (le demi de Grolsch est à 3 euros, et la pinte à 5). À ses côtés, trois bornes d’écoutes modernes et intuitives, calfeutrées au sein de cabines téléphoniques vintages, permettent au client d’écouter une partie (et à terme, l’intégralité) du répertoire proposé par les nombreux bacs à vinyles qui s’étendent tout le long de l’espace. « Au prix du vinyle, assure Julie, l’une des deux fondatrices du lieu, le client a le droit d’écouter ce qu’il achète ». Et pour celui qui juge encore le prix des disques un peu cher (la plupart tournent autour de 20 euros), il demeure encore le format CD, dont une honnête sélection est également proposée au fin fond du magasin.

De la (très) grande distribution FNAC au disquaire indé

Stéphane, le second fondateur du Walrus et  ancien de la FNAC du Forum des Halles (il y a rencontré Julie, également passée par celle de Montparnasse, des Champs-Élysées, de Saint-Lazare et d’Amiens), évoque de son côté les quelques 3 500 références proposées par ce café-disquaire, principalement orientées rock et pop indie, mais qui regroupent aussi quelques disques électro (« mais très peu de réf’ jazz », répondra Stéphane à un gamin venu chercher un cadeau un peu niché pour l’anniversaire de son paternel).

Le prisme musical est large, mélange nouveautés et disques plus anciens, et s’appuie sur l’expertise et l’expérience de la distribution culturelle de masse de ses deux fondateurs : « On a essayé de trouver un moyen de lutter contre la déshumanisation des grandes surfaces, et aussi contre le caractère intimidant et poussiéreux de certains disquaires un peu trop élitistes. L’objectif était vraiment de créer un lieu de vie, qui permette aux gens de s’attarder sans pression dans un lieu rock, comme il s’en fait trop peu à Paris ».

Du café, des disques…et des showcases 

Et c’est vrai que l’on traîne, dès lors que l’on pose les pieds au Walrus : certains pourront s’y caler simplement pour s’enfiler un café ou un Fritz Kola, d’autres pourront y fouiller les bacs à vinyles sans se soucier du bien-être de leur jeune progéniture (des tables pour enfants avec bouquins adaptés ont été inclus au périmètre), d’autres pourront aussi assister aux showcases et autres séances de dédicaces proposées régulièrement par le lieu (on y a par exemple vu passer l’autre soir Juniore pour la sortie de son EP chez Entreprise).

Inspiré d’un équivalent hollandais, le concept du disquaire-café a entre-temps connu un émule new yorkais, mais demeure parfaitement exclusif au sein de la capitale parisienne, alors que le triangle Anvers-Barbès-Cadet voit un nouveau nom grossir le nombre de disquaires indépendants du quartier (Balades Sonores, National 7, Musiques Musiques).

En partant fouiller dans les bacs environnants, on parlera à Stéphane de The Garden, un groupe encore obscur de jumeaux californiens signés chez Burger Records et dont les morceaux de punk garage et surréalistes dépassent rarement les deux minutes. Après recherche, aucun disque du déroutant duo ne paraît avoir été pressé en vinyle. Peu importe : Stéphane aura grossi sa culture néo-punk de sales gosses, et nous, très bientôt, notre collection de disques, puisque l’on repartira avec le premier album de Caribou, Up In Flames, initialement paru sous le nom de Manitoba, le projet pré Caribou de Daniel V. Snaith (« largement plus électro que ce qu’il fait aujourd’hui. Mais tu ne préfères pas l’écouter avant de l’acheter ? »)

C’est donc bien là ce que l’on appelle l’échange. Et le concept, renouvelé, du véritable disquaire humaniste.

Le Walrus – Horaires d’ouverture : Fermé le lundi / Mardi – jeudi : 09h-21h / Vendredi : 09h-22h / Samedi : 10h-22h / Dimanche : 14h-19h

Visuel : © Le Walrus

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : bastien@toutelaculture.com / www.twitter.com/BastienStisi

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