Théâtre

Yves-Noël Genod et la disparition d’Hamlet

Yves-Noël Genod et la disparition d’Hamlet

14 mars 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Fidèle à lui-même, le metteur en scène Yves-Noël Genod a proposé hier soir au festival Artdanthé une œuvre lente, longue, éphémère, autour du visage et du corps d’Hamlet. Genod signe là sa pièce la plus folle car pour la première fois, il ne veut pas chercher la beauté.

Comme toujours, il introduit ses spectacles avec une citation approximative. Il ne faut pas croire ce qui est dit, ce préambule est là pour nous mettre dans le tempo adagio. Alors, faisons semblant qu’il s’agisse d’un Hamlet, et que l’histoire compte. Celle du fils du Roi du Danemark qui comprend que son père a été assassiné par son oncle.

Nous vous avons souvent parlé de cet artiste très particulier qui a deux grands axes de travail : l’écoute de lectures de textes et la tension dramatique que provoquent les apparitions et les disparitions de ses personnages. Pour la première fois, il fusionne et pour la première fois il se met en scène avec un bel avatar. Genod a souvent fait entendre des romans (Proust aux Bouffes du Nord), de la poésie (Rimbaud)  À chaque fois, une seule chose le fascine : le vide. Hamlet est un spectacle sur l’après. Après que tous les grands aient donné leur lecture de ce monument, jusqu’à cet été quand Olivier Py mettait sur scène des détenus gardés par les matons. Mais le vide chez Yves-Noël est une question plastique. Ici, son objet est Aidan Amore. Vous le connaissez pour l’avoir vu dans La Beauté Contemporaine, le pendant performatif à La recherche où il enseignait au public la technique de jeu hollywoodienne Actors Studio.

Le comédien est (presque) seul en scène. Maigrissime, perdu dans un costard immense et un débardeur lamé, il est dans les limbes symbolisées par la brume qu’il fait flotter comme dans Oui/Je peux il y a longtemps déjà.

Dans ces limbes apocalyptiques, il ne reste rien. Quelques tables posées en U, une bande de lumière qui sera fixe, un plafonnier scolaire. En préambule, il raconte qu’un spectateur lui avait glissé qu’il aurait aimé ne vraiment rien comprendre. Ce spectateur avait raison. Ici, les langues et les époques se mélangent : français, anglais d’aujourd’hui, anglais shakespearien, américanismes.. Et ce sont les moments livrés en ancien anglais qui percutent le plus car seul le corps et la musique des mots restent.

A chaque création, nous nous posons la même question : quelle est l’image la plus forte que vous garderez de ce Genod-là ? Cette fois-ci c’est un déjà-vu, comme dans Chic by accident ou 1er Avril . Un garçon gracile en robe au bord du gouffre.
Ce Hamlet qui porte le nom d’Hamlet Unlimited nous ramène aux point clés de l’artiste : accumuler et dissiper. Il nous accroche avec une scène (Aidan Amore en Gertrude, en Yves-Noël, en Tarantino), il nous décroche avec des monologues qui s’épuisent. Comme toujours, l’accident surgit, ici, ce sont des cascadeurs qui s’imitent l’un l’autre.

Cet Hamlet est un miroir du parcours d’Yves-Noël Genod. La mélancolie et la nostalgie sont ici maîtresses du jeu. Chef-d’œuvre ou carnage, quelque chose entre, un purgatoire du théâtre en réalité qui laisse une question ouverte : Et après ? Il y a ici, une boucle dans son travail qui surprend, décale de ses œuvres précédentes jusqu’à se demander si ce Hamlet infini n’est pas un premier point final. « Cela m’a rendu fou » dit-il dans la bouche du comédien. Doit-on entendre cette phrase comme un aveu ?

Crédit photos : © Anne Issermann

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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