Théâtre
Y aller voir de plus près : l’Histoire à la sauce de Maguy Marin au Festival d’Avignon

Y aller voir de plus près : l’Histoire à la sauce de Maguy Marin au Festival d’Avignon

11 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Festival d’Avignon l’immense Maguy Marin revient et continue de faire des pas en avant vers le théâtre. Y aller voir de plus près manipule l’Histoire comme un jouet, malheureusement, les faits et les sources ne sont pas des jeux d’enfants.

« On ne peut tirer aucune leçon de l’histoire » – Paul Veyne

Il n’est pas interdit en matière de spectacle vivant de raconter une histoire basée sur des faits historiques, bien sûr que non, mais ce n’est pas cela que Maguy Marin veut faire. Et elle l’assume, à raison, en citant Walter Benjamin : « Ecrire l’histoire c’est la citer ». Oui, l’histoire est subjective, son écriture l’est, elle est faite par des femmes et des hommes moulé.e.s dans leur époque. Certes. Même les politiques manipulent l’histoire, cela n’est pas une raison pour mettre de côté l’idée qu’un fait est immuable et qu’il doit impérativement ne jamais être sorti de son contexte et ne jamais être amalgamé à un fait ressemblant. Il faut comparer en revanche pour comprendre pourquoi la Grèce s’est alliée à ses ennemis, pourquoi la France a fini par faire la paix avec l’Allemagne. Comparer pour comprendre, mais jamais, non jamais, penser que c’est la même histoire. Il s’agit de faire la critique d’un spectacle, pas de vous résumer tout Veyne, tout Dosse, et Jacques Le Goff. Excusez donc ce préambule qui nous semblait utile.

Tout n’est pas égal à tout

Car il y a une gêne immense qui s’installe quand le spectacle avance. Il s’agit de demander à quatre artistes : Antoine Besson, Kaïs Chouibi, Daphné Koutsafti et Louise Mariotte de nous lire La Guerre du Péloponnèse de Thucydide. Il est historien mais également journaliste si on peut dire. Il parle de l’histoire comme d’une enquête d’ailleurs. Thucydide est général d’armée et participe à la guerre, il sera tenu comme responsable de la chute d’Amphipolis, il est exilé. Ce livre est considéré comme le premier travail d’historien car il y cherche la cause de l’événement, et c’est jusqu’à aujourd’hui, et selon les sources disponibles, la première fois.

Les quatre acteurs évoluent sur un plateau surchargé qui signe qu’ils ne danseront pas. Ils vont apparaître avec des masques africains. Et l’on voit sur scène une colonne antique ponctuée d’un vaisseau grec, des tambours, des lances, et beaucoup d’écrans. La pièce ressemble à un cours d’histoire, un vrai, où les faits sont expliqués de façon chrono-thématique.

Mais ce n’est pas un cours d’histoire. C’est une immersion dans le flow des mots où toutes les trahisons et les alliances sont là pour dire : la guerre c’est mal, ça ne sert à rien et c’est toujours les mêmes qui tuent les peuples. Malheureusement, c’est une vision problématique que propose Maguy Marin, que nous aimons tant. Mettre au même plan Poutine et les Grecs, Macron et les Grecs, Sarko et les Grecs, ça n’est pas juste historiquement. Et comme le spectacle ne fait que nous montrer et nous expliquer des batailles à l’aide de petits soldats en plastique et autres dessins, nous avons la sensation pas très agréable d’un manque de distance sur l’objet de recherche.

Il aurait été passionnant de mettre en scène les mots de Thucydide. Ils auraient résonné avec aujourd’hui, mais jamais nous nous serions dit, que tout est l’égal de tout.

Jusqu’au 15 juillet, Salle Benoit XII. 18 heures. Durée 1h30

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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