Théâtre

Vienne et sa ronde des plaisirs.

22 décembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Après le succès de « L’illusion comique » en 2007, Marion Bierry met en scène et en musique la célèbre pièce d’Arthur Schnitzler La Ronde sur le minuscule plateau du Théâtre de Poche Montparnasse. Ce spectacle drôle et inventif ainsi que l’interprétation gourmande des acteurs nous ont conquis.

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L’écrivain viennois Arthur Schnitzler fit scandale et se heurta à la censure lors de la publication de La Ronde en 1904. Ce texte, « scandaleux » à l’époque, a pour sujet la sexualité libertaire, le désir et les plaisirs de la chair. La pièce est constituée de dix dialogues à la chaîne, dix tableaux d’ébats amoureux entre un homme et une femme de classes sociales diverses : ainsi, le soldat rencontre la prostituée, le comte côtoie une actrice, la femme mariée s’aventure chez un jeune homme… La plupart de ces scènes aboutit à l’acte charnel ; on assiste aux préliminaires, à l’angoisse de tromper puis au passage à l’acte, et enfin à l’après, souvent cynique, décevant, révélant l’hypocrisie et la perversité.

 

La pièce se joue ici dans l’atmosphère miteuse d’un cabaret et les différentes scènes sont présentées comme des numéros. Le lien est assuré par la figure du narrateur (Alexandre Martin) sous la forme d’annonces (comme au spectacle) et permet la continuité dans la narration. Accompagnés au piano, les acteurs chantent et renforcent la gaieté de la pièce. On reconnaît des valses viennoises ou l’ouverture du Tannhäuser de Wagner, véritable ode à Vénus et à l’amour. Le décor de Nicolas Sire prend beaucoup de place sur une si petite scène mais se révèle astucieux et permet de construire une succession de tableaux grâce aux coulissements de grands panneaux noirs et mobiles qui nous font passer efficacement d’un lieu à l’autre.

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Sept acteurs se partagent l’ensemble des rôles et cela participe à l’effet vertigineux de cette ronde tourbillonnante des désirs. Leur plaisir du jeu et du théâtre est visible. Vincent Heden joue et chante avec charme et justesse. Les femmes Sandrine Molaro, Marie Réache et Aline Salajan sont ravissantes et aguichantes dans leurs tenues légères. Les costumes de Virginie Hourdinière sont superbes. On rit beaucoup : c’est coquin, parfois parodique et burlesque comme lorsque Eric Verdun travesti (formidable) joue l’actrice et amante maîtresse du poète puis du comte. On pense aux grandes tragédiennes de jadis dont il se moque avec humour. La mise en scène frôle également le surréalisme comme lorsque le poète (Serge Noël) fait l’amour avec la comédienne en apesanteur ou lorsque celle -ci devient une figure féminine attirante aux bras multiples.

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Marion Bierry signe une mise en scène savoureuse, joyeusement amorale, pleine d’ivresse et d’audace. Elle n’affadit pas le propos. Elle déshabille ses acteurs, dévoile les corps, mime les actes sexuels avec bon goût, sans grossièreté. Elle accentue aussi le côté sombre de la pièce qui s’ouvre et se referme sur le tableau des corps des acteurs inertes, sans vie dans le cabaret, devenus les victimes des bombardements de la guerre. Les personnages de la pièce s’abandonnent à cette ronde des plaisirs et de la frivolité pour justement dire oui à la vie, la vivre pleinement, car la mort et le chaos ne sont jamais loin en ce début du XXe siècle.

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La Ronde, Théâtre de Poche Montparnasse, 75 bd Montparnasse, 6 arr., location : 01 45 48 92 97.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “Vienne et sa ronde des plaisirs.”

Commentaire(s)

  • JP

    C’est un très beau spectacle (dont on ne parle pas assez)! Merci de nous l’avoir conseillé. Bonnes fêtes

    décembre 26, 2009 at 10 h 59 min

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