Théâtre

Une Médée Africaine aux Amandiers

21 novembre 2009 | PAR Christophe Candoni

C’est en 2001 que Jean-Louis Martinelli découvre le continent africain, lors d’un voyage au Burkina Faso, qui aboutit en 2003 à la création de Médée à partir du texte de Max Rouquette tiré de la tragédie antique d’Euripide. Le metteur en scène réunit à nouveau son équipe d’acteurs africains et propose aujourd’hui, une nouvelle version de la pièce dans un nouveau cadre, celui de l’atelier de construction du Théâtre des Amandiers. Une lecture politique et brute de la tragédie.

Ce choix de désinstaller le spectacle dans l’atelier des décors du Théâtre apparaît fort en symboles. Médée est une expatriée, elle a tout quitté pour suivre Jason, l’homme qu’elle aime. Celui-ci la délaisse pour se rapprocher de la fille du roi Créon et Médée est sommée de quitter le pays alors qu’elle n’a plus rien. Ce lieu choisi pour la représentation est éminemment précaire et raconte la douleur de l’exil, renforcé par l’aspect misérabiliste et provisoire du décor signé Gilles Taschet. Selon le metteur en scène, il évoque « tous les camps de réfugiés du monde ». La scène est recouverte de bâches et de cartons, de bidons et de débris… Des hauts murs grillagés délimitent le camp où habitent les femmes du chœur, couchées dans des couvertures. Loin d’une représentation folklorique d’une Afrique contemplée et mise à distance, le lieu est donné à voir de manière brutale et âpre.

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Les costumes de Patrick Dutertre mettent en valeur l’opposition conflictuelle de deux mondes hiérarchiques différents au sein du même continent : celui des femmes africaines, en longues robes typiques aux couleurs chatoyantes et celui des hommes et du pouvoir. Créon et Jason ont une apparence vestimentaire européenne, en costumes de ville et chaussures vernies. L’ironie masque la cruauté lorsque Créon, Moussa Sanou, entre en scène et parodie l’homme politique courtisan qui salue la foule et serre les mains du peuple. Jean-Louis Martinelli met en scène l’importance de la communauté et du cérémonial grâce à la présence du chœur de femmes qui commentent l’action en chantant des psaumes africains à la musicalité singulière, parfois trop longs et répétitifs.

Médée est interprétée par l’actrice Odile Sankara, à la présence solaire. Elle joue avec la hauteur et la prestance d’une reine. Elle est une Médée combattive, à la violence presque animale. Elle tue ses enfants pour se venger de la trahison de Jason et de la perte de son honneur. Elle s’enflamme comme un brasier. Elle « défie le malheur », « nargue le mal » dit le texte. Il est cependant dommage qu’elle ne dévoile pas davantage la vulnérabilité du personnage.

médée amandiers

« Médée« , jusqu’au 13 décembre, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30,Théâtre Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, 92022 Nanterre, RER A, 01 46 14 70 00.

Paris-Photo 2009 au Carrousel du Louvre
Bruno Dumont, cinéaste français
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “Une Médée Africaine aux Amandiers”

Commentaire(s)

  • Barry

    Très interescant cette m’a beaucoup plu

    avril 6, 2011 at 20 h 13 min

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