Théâtre
Un week-end aux Zébrures d’automne

Un week-end aux Zébrures d’automne

26 septembre 2021 | PAR Julia Wahl

La ville de Limoges accueille du 22 au septembre au 2 octobre le festival des Francophonies Les Zébrures d’automne. Petit week-end dans la capitale de la porcelaine, pour découvrir l’édition 2021.

L’ambition des Zébrures, d’automne comme de juin, est de mettre en lumière le théâtre francophone sous toutes ses formes, avec une attention particulière à l’émergence. Les programmateurs peuvent ainsi découvrir des artistes naissants et leur offrir, quand ils sont séduits, un plateau à leur hauteur.

C’est en plein cœur de Limoges, dans une caserne de police, la Caserne Marceau, que se trouve le « QG » des Zébrures. Nous y arrivons pour l’heure du déjeuner. Le repas est pris à l’intérieur, tandis qu’un chapiteau, dressé dans la cour de la caserne, accueille un espace de débats et une librairie. A peine plus loin, un bar, avec des tables et des chaises, pour permettre aux festivaliers de se reposer entre deux spectacles.

Samedi 25 septembre

C’est en effet à un véritable marathon que nous nous livrons. Le déjeuner englouti, direction tout d’abord le CCM Jean Moulin, où se joue le spectacle de Basile Yawanké Les enfants hiboux ou les petites ombres de la nuit. Un spectacle de 2h20 d’une grande richesse, qui aborde sans misérabilisme la situation des enfants des rues, chassés de chez eux parce qu’accusés de sorcellerie. Les cibles de la pièce sont nombreuses : cette société togolaise quoi exclut ses enfants et les livre à la pire des violences, mais aussi la société spectaculaire et le racisme des sociétés européennes. La réussite de la pièce est de parvenir à aborder tous ses sujets avec humour, sans didactisme aucun.

Le spectacle suivant nous attend un peu plus loin, au CCM Gagnant : il s’agit de Et que mon règne arrive, un texte de Léonora Miano mis en scène par Odile Sankara. Un personnage d’intellectuelle de renommée internationale, double de l’autrice, s’interroge sur les formes que pourrait prendre une prise de pouvoir par les femmes africaines. Et nous invite à estimer que « le retour de la force féminine passera par la voie africaine ».

Le dernier spectacle de la journée est Les yeux dans le dos : un écran de télévision envahit le fond de scène de l’Espace Noriac, non loin de la Caserne Marceau. A l’écran, une photo qui, nous dit-on, est authentique : à travers une série de photos, l’auteur-acteur-narrateur Patric Saucier aborde avec humour l’Alzheimer de sa mère, mais aussi, de manière plus générale, notre rapport à la mémoire. Ainsi s’achève la journée du samedi, définitivement suspendue entre gravité et humour.

Dimanche 26 septembre

Rendez-vous dimanche matin avec Hassane Kassi Kouyate, directeur du festival. Autour d’une tasse de café, nous abordons tous deux l’actualité du festival – avec ses spectacles, ses prix – mais aussi son avenir : la Mairie souhaite reprendre la main sur la Caserne Marceau et, partant, mettre le festival dehors. Une décision qui, si elle était suivie d’effet, serait désastreuse pour la francophonie, trois  après la fermeture du Tarmac, théâtre parisien dédié au spectacle francophone.

L’après-midi commencera par la remise des différents prix du festival, hors le Prix Sony Labou Tansi, décerné par des lycéens et promulgué le 28. Aujourd’hui, c’est d’abord la liste des lauréats du Prix « Des mots à la scène » qui est égrainée, avant que le nom des heureux gagnants du Prix SACD de la dramaturgie francophone et du Prix RFI Théâtre. Le premier est remis à la québécoise Pascale Renaud-Hébert pour sa pièce Hope town. Après les remerciements enjoués, par vidéo interposée, de la jeune femme, de jeunes acteurs nous proposent une lecture de ce texte dur, qui voit une famille se détruire et s’entredéchirer.

Le Prix RFI est ensuite remis au haïtien Jean d’Amérique pour sa pièce Opéra poussière, sur Sanite Belair, révolutionnaire haïtienne torturée par des colons, dans le cadre de l’indépendance de l’île. Un sujet passionnant, que nous évoquons ensuite avec le jeune auteur, déjà publié pour des romans et de la poésie. L’interview terminée, direction Nexon et le Sirque, chapiteau permanent qui accueillera le spectacle Supiim, « aiguille » en burkinabé : dans un espace sombre et or est évoquée la forge comme espace de de naissance et de renaissance. Un spectacle qui mêle humour, travail visuel et sonore, et réflexion sur les relations entre les différents êtres.

Un week-end plein de découvertes, qui met en lumière une création peu diffusée, peu produite, et qui, pourtant, est essentielle à la diversité de nos scènes.

Visuel : affiche du festival

Le sublime By Heart de Tiago Rodrigues à Lafayette Anticipations
Des « Enfants hiboux » entre humour et gravité aux Zébrures d’automne
Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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