Théâtre
Des « Enfants hiboux » entre humour et gravité aux Zébrures d’automne

Des « Enfants hiboux » entre humour et gravité aux Zébrures d’automne

26 septembre 2021 | PAR Julia Wahl

Le Centre Culturel Municipal Jean Moulin de Limoges accueille dans le cadre des Zébrures d’automne Les enfants hiboux ou les petites ombres de la nuit, une pièce de Basile Yawanké qui met en scène la détresse des enfants sorciers. Un spectacle complet, qui nous entraine dans un univers dur sans jamais nous perdre.

Une émission de télé ?

C’est une femme en robe bleue pailletée qui nous accueille avec humour au CCM Jean Moulin de Limoges. Cette étrange ouvreuse, qui nous assure que nous sommes formidablement « photogéniques », nous place et nous enjoint d’éteindre nos téléphones portables. Au plateau, des caméras et des projecteurs : ça tombe bien, l’émission TV à laquelle nous allons participer s’appelle « Sous les projecteurs ». La présentatrice, plus maniérée encore que l’ouvreuse/chauffeuse de salle, introduit son invité, le plasticien Harry Potter.

Enfants sorciers et enfants des rues

La prise de parole de ce dernier nous entraine aussitôt dans ses souvenirs : une enfance à la rue, ses parents, persuadés d’avoir enfanté un « enfant sorcier », l’ayant mis à la porte. Une errance prise en main par un autre enfant des rues, Rambo, qui frappe et viole celles et ceux qui tombent sous son joug.

Ses camarades évoquent à leur tour, entre rires et râles, leur enfance d’« enfants sorciers », les viols collectifs de leurs mères, des cérémonies d’exorcisme traumatisantes et des aveux de sorcellerie arrachés par la violence des pasteurs.

Mais, la vie à la rue, c’est aussi la palabre, le boniment du vendeur à la sauvette : le charbon est humanisé, les préservatifs brandis comme des amulettes. « Protecteurs pour une nuit XXL ! » nous promet le vendeur de ces derniers. Aussi le spectacle alterne-t-il avec superbe humour et gravité.  

Une satire qui égratigne tout le monde

La pièce joue en grande partie du côté spectaculaire des dérives de la société togolaise : les exorcismes deviennent des cérémonies inquiétantes où chant, danse et encens nous font perdre raison ; la vente de rue un numéro de clown bien huilé ; les bagarres elles-mêmes sont chorégraphiées et sont pour les acteurs l’occasion de montrer leur agilité d’acrobate.

Cette représentation spectaculaire des violences quotidiennes maintient en haleine l’attention du spectateur, qui passe avec délices ou horreur d’une scène à l’autre. Surtout, la pièce dit ainsi, par sa seule forme, la dimension délirante que prend désormais notre amour des paillettes.

Pour autant, la société togolaise n’est pas seule au banc des accusées : la société française et les « tests osseux » auxquels elle soumet les immigrés mineurs sont également évoqués. Le talent de la pièce réside en partie dans son aptitude à nous livrer une satire de nos sociétés qui ne soit ni didactique ni misérabiliste, mais qui fasse vivre au public des sentiments variés et forts.

Visuel : Christophe Pean

Un week-end aux Zébrures d’automne
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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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