Théâtre

Un fil à la patte mis en scène par Jérôme Deschamps dans la tradition

19 décembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Une déferlante de rires et d’applaudissements emporte le public de la Comédie-Française venu en nombre pour voir la nouvelle mise en scène du Fil à la patte en salle Richelieu. C’est l’effet Feydeau, sa mécanique étourdissante, son efficacité redoutable. Jérôme Deschamps, autrefois pensionnaire éclair de la maison, galvanise la troupe d’acteurs – ils sont formidables –  et monte ce classique du vaudeville dans la pure tradition ; de quoi réjouir tout le monde et garantir un franc succès. On rit, on s’amuse, pourtant, notre plaisir est entamé par le manque de surprise d’un spectacle bien trop conventionnel.


Bois d’Enghien, enlisé dans les turpitudes d’une double liaison amoureuse doit annoncer à sa maîtresse qu’il la quitte avant même que son mariage avec une jeune héritière, annoncé dans le journal, ne soit prononcé ! Au moment de rompre avec Lucette Gautier, une artiste de music-hall, celle-ci est engagée par la future belle-mère, la Comtesse Duverger, pour pousser la chansonnette à la fête des noces. Le rire naît d’une cascade d’imbroglios délirants, embarrassants et irrésistiblement drôles.

On sait combien les didascalies de Feydeau sont abondantes et touffues. Pour autant, il nous paraît qu’elles ne doivent en aucun cas être une barrière à l’imagination mais bien au contraire un défi pour les metteurs en scène à les dépasser. Ils sont désormais nombreux à s’y être collé avec bonheur, Bezace, Françon, Siavadier, Lavaudant, Hemleb qui, il y a une dizaine d’années, avait signé un Dindon d’une invention folle. Jérôme Deschamps fait preuve d’une fidélité respectueuse au texte. Sa mise en scène ne propose pas le moindre renouvellement esthétique du genre dont il célèbre l’époque et les codes avec un plaisir non dissimulé. Des intérieurs cossus et bourgeois, des costumes fastueux à outrance faits de plumes à foison, de queues de pie, de longues robes et de chapeaux invraisemblables; tout est réalisé avec une maîtrise totale mais aussi une sagesse trop prononcée. Son travail manque de personnalité.

Les acteurs ont l’aisance, l’exubérance, la légèreté, le sens du rythme, les couleurs variées pour jouer pleinement ce registre comique. Florence Viala est une coquette toute pimpante avec une petite pointe de gravité. Les nombreux seconds rôles, parfois même de la simple figuration, sont très en place et d’une justesse épatante : la charmante Georgia Scalliet, l’abatage de Céline Samie, l’autorité rieuse de Dominique Constanza, la bonhomie de Serge Bagdassarian, la finesse et l’élégance de Guillaume Gallienne. D’autres sont plus effacés, Thierry Hancisse dans le général espagnol transi d’amour ou Claude Mathieu dans Marceline. Jérôme Pouly ou Christian Gonon auraient sûrement fait un meilleur Bois d’Enghien qu’Hervé Pierre qui manque cruellement de séduction. Le meilleur pour la fin : Christian Hecq est un acteur aux ressources infinies. Avec ce tout petit corps étrangement replié sur lui-même, sa souplesse élastique, ses grimaces et contorsions impossibles, il est drolatique, génialement loufoque. Il plonge le personnage de Bouzin au-delà de la raison tout en lui offrant une humanité et une épaisseur qui dépassent le simple ressort comique pour traduire la misérable et pathétique existence de ce petit clerc de notaire qui se rêve artiste.

Pour ces raisons, la production fait le bonheur des acteurs et du public et c’est tant mieux. Mais c’est aussi une représentation trop convenue et bien confortable.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.