Théâtre
Un Cygne qui chante la poésie de Tchékhov au Théâtre Le Lucernaire

Un Cygne qui chante la poésie de Tchékhov au Théâtre Le Lucernaire

06 novembre 2011 | PAR Sara Anedda

La Compagnie du Théâtre Mordoré met en scène jusqu’au 4 janvier 2012 au Lucernaire un spectacle brillant et délicat, qui évoque de manière originale les épisodes de la carrière d’un comédien fictif, en invoquant nombre de  scènes  exemplaires tirées des pièces de Tchekov.

Dans le silence des coulisses d’un théâtre, un soir, après une représentation… deux personnages sont sur scène. Svetlovidov, abandonné, est endormi sur un fauteuil, et Nikita, tout d’abord caché derrière une malle, se montre à l’improviste.

Le premier est la star du plateau, un vieux comédien en proie aux effets de l’alcool et aux hallucinations, comme autant de moments de vie qui l’assaillent vers la fin de ses jours. Il sent la mort arriver… Nikita par contre, qui au début de la pièce s’était entretenu pendant quelques moments avec le public « Sur les méfaits du tabac »  (bref et drôle incipit du spectacle) est le souffleur du théâtre, qui a suivi depuis toujours son histrion et en connait toutes les répliques par cœur.

Le décor et les lumières nous aident à entrer tout de suite dans la bonne atmosphère… Et c’est un enchaînement de souvenirs de vie et de rôles joués par Svetlodov qui se déroule devant nous, pendant que les limites entre réalité et fiction se troublent, et que se recrée l’inexorable superposition entre le théâtre et la vie… D’autres comédiens débarquent par intermittence parmi les deux protagonistes ; ils interprètent des rôles, des partenaires de scène ou même Svetlodov lui-même, ou ses maitresses, en redonnant vie à des instants vécus. Les coulisses de transforment en plateau et les textes de Tchékhov surgissent spontanément… Ce Fou de Platonov, Ivanov, La Mouette, Les Méfaits du tabac, L’Ours…Pendant que le souffleur – homme à tout faire  – assiste, suit et accompagne dans ses délires oniriques les derniers instants de vie de son grand maître.

Voilà un bon travail de jeu et de construction, par des renvois scéniques et textuels, couronné par la poésie de Tchekhov, mêlant échanges pénétrants et regards prenants dans un rythme soutenu, oscillant entre des tons dramatiques et des accents ironiques. Une mise en scène soignée et très efficace eu égard aux moyens employés.

Le Chant du Cygne, d’après Anton Tchekhov

Texte français et mise en scène : Sarah Gabrielle

Avec : Anthony Audoux, Nicolas Chupin, Marie Frémont, Sarah Gabrielle, Serge Noël Aurélien Tourte

Photo : Macha H

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Sara Anedda

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