Théâtre

Un conte d’hiver sans saveur au Théâtre de la Ville

Un conte d’hiver sans saveur au Théâtre de la Ville

30 mars 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre de la Ville propose une version du Conte d’hiver de Shakespeare dans la traduction de Koltès, un programme très alléchant qui par la mise en scène faussement décalée de Lilo Baur ne se transforme que dans un moment légèrement divertissant au classicisme peu habituel dans les murs d’Emmanuel Demarcy-Mota.

Formée à l’école Lecoq, Lilo Baur tente d’en garder la philosophie. De l’humour, un décor léger, des aspects clownesques. La première scène est une belle réussite où l’on rit aux éclats, un jeune monsieur, l’excellent Gabriel Chamé, vient nous prévenir « ceci est un conte », une présentation tout aussi réussie des personnages se cachant derrière de jolis paravents, deux rois pour une reine, un jeune prince, une cour… continue de nous convaincre. On est perplexe devant un mur immonde.

La pièce raconte l’histoire d’un jaloux comme il n’est pas permis. Il est persuadé que sa très belle reine le trompe avec le roi de Bohème et pour cela l’enferme en prison et se débarrasse de l’enfant dont elle vient d’accoucher. Il est certain qu’il est, qu’il n’en est justement pas le père. Comme toujours chez le maître anglais, le roi est fou, les personnages nombreux, les histoires d’amour pleuvent, les amants sont séparés pour bien sur être réconciliés.

Jean-Michel Rabeux dans sa Nuit des Rois rock à la Mc93, et Razerka Ben Sadia-Lavant, qui, à la Maison des Métallos proposait une version dépoussiérée de Timon d’Athènes sur fond de slam, hiphop, blues, chansons, avait récemment tous deux saisis l’opportunité de jouer avec Shakespeare, ses intrigues improbables, ses « tricks »  et ses fous.  Dans le Conte d’hiver le travail présenté est lisse , si l’on rit de temps et temps, cela est bien peu face au jeu terne de quelques comédiens. Certains s’en sortent, Aline Papin, déjà, présente dans Timon remplaçait lors de la première la souffrante Marie Payen. Le texte entre les mains 48h avant la première, elle ne bafouille jamais et campe une reine convaincante et adorable. Son mari est joué par un fantasque Kostas Philippoglou, absolument divin et hilarant en roi dément. Exceptionnelle également, la belle Hélène Cattin qui dénouera toute l’intrigue. Pour le reste de la troupe le jeu est haché, forcé et hésitant.

Le texte en lui même est, particulièrement dans sa traduction contemporaine, une œuvre généreuse. Tout devient possible malgré les frontières, l’amour triomphe. Les thèmes: la jalousie, la famille, l’amitié sont éternels . Si quelques beaux moments sont à noter , tel le repas de Tondaison,  les  effets de mise en scène sont trop longs et trop redondants , on se lasse vite  par exemple du ballet des paravents. Le décor sans aucune modernité et la lumière sans grande finesse donnent un aspect très classique à l’œuvre, lui enlevant toute possibilité de transposition contemporaine.

Reste un beau texte à entendre et des comédiens à découvrir. Quand à la mise en scène de Lilo Baur, gardons celle des Petites nouvelles  de Tchekhov et oublions celle -ci.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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