Théâtre
Un banc à l’ombre, une pièce rattrapée par l’Histoire

Un banc à l’ombre, une pièce rattrapée par l’Histoire

22 novembre 2011 | PAR La Rédaction

De nos jours, un été caniculaire, un pays qui vient d’être bouleversé par une révolution, la rencontre de deux jeunes femmes : Niobé et Myla. Tour à tour actrices et victimes de cette révolution qui ne sait plus comment finir, elles se retrouvent chaque jour tout en haut de la ville, sur une esplanade longeant un ancien monastère dans lequel on garde, juge et exécute des prisonniers. Est-ce simplement le fait du hasard cette amitié qui semble naître entre celle qui vit en haut et celle qui vient d’en bas ? Thriller psychologique ? Reportage ?

« Toute ressemblance avec des événements qui se sont déroulés récemment dans le monde tels que les révolutions arabes n’est que pure coïncidence ». C’est ce que nous pourrions lire en introduction. Sasha Pairon, poète, écrivain et dramaturge a écrit « Un banc à l’ombre » en 2003. C’est une pièce à portée métaphorique et universelle qui se déroule dans un pays indéterminé que l’Histoire a rattrapée en lui donnant une puissance prophétique supplémentaire. Ce n’est pas sa seule qualité : le texte que se partagent les deux personnages et les comédiennes qui les incarnent est remarquable. Il crée l’intrigue, le mystère, la surprise et la réflexion. Il pose par exemple des questions morales et philosophiques : l’espoir d’un avenir meilleur n’est-il qu’illusion ? A-t-on le droit de décider de la mort des « bourreaux » au risque de devenir comme eux ? Jusqu’où une histoire personnelle peut influer sur la grande Histoire ?

Le texte raconte aussi la naissance et l’évolution d’une amitié forte entre deux femmes qui n’ont apparemment rien à voir : Niobé, la femme enceinte emplie d’espoir et de gentillesse qui s’assoit sur le banc devant le monastère en prétextant que c’est le seul de la ville qui est à l’ombre, et Myla, la rebelle chargée de garder la porte du monastère/prison qui a perdu toutes ses illusions et se laisse peu à peu apprivoiser au contact de la première. Malgré l’unité de lieu et le petit nombre de protagonistes, le spectateur ne s’ennuie jamais tellement les échanges fusent. Il assiste à un fabuleux duo de comédiennes : Dominique Scheer (Niobé) et Sylviane Goudal (Myla) sont tout simplement incroyables. Elles font ressentir les émotions de leurs personnages, nous faisant passer du rire aux larmes. La mise en scène signée par Véronique Barrault, comédienne/actrice élève de Tsilla Chelton est judicieuse comme les effets sonores et le décor à la tonalité expressionniste. A découvrir.

« Un banc à l’ombre » de Sasha Pairon, mise en scène de Véronique Barrault, décor : Caroline Mexme, lumières : Bastien Catenacci, régie : Ider Amekhchoum. Avec Sylviane Goudal (Myla) et Dominique Scheer (Niobé) – Durée du spectacle : 1h20

Alexis Pitallier

Visuels : Photo LOT de « un banc à l’ombre »

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La Rédaction

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