Théâtre
Nicolas Briançon met en scène Le journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau 

Nicolas Briançon met en scène Le journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau 

03 novembre 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Jusqu’à fin décembre 2022, le théâtre de la Huchette présente Lisa Martino dans Le Journal d’une femme de chambre, d’après le roman d’Octave Mirbeau. Une prestation remarquable, magnifiquement mise en scène.

« J’avertis charitablement les personnes qui me liront que mon intention, en écrivant ce journal, est de n’employer aucune réticence, pas plus vis-à-vis de moi-même que vis-à-vis des autres. J’entends y mettre au contraire toute la franchise qui est en moi et, quand il le faudra, toute la brutalité qui est dans la vie. Ce n’est pas de ma faute si les âmes, dont on arrache les voiles et qu’on montre à nu, exhalent une si forte odeur de pourriture. »

Verba volant, scripta manent

Octave Mirbeau, romancier, journaliste, critique d’art, intellectuel subversif et pamphlétaire redouté, publie initialement Le Journal d’une femme de chambre dans l’Echo de Paris de 1891 à 1892 sous la forme d’un feuilleton. Il faudra attendre 1900 pour la sortie du roman retravaillé. Rédigé en pleine Affaire Dreyfus, dans un climat de conflit social et politique, le roman marque une rupture, en donnant pour la première fois la parole à une servante et en condamnant les mœurs de l’époque. 

Une diatribe contre les classes sociales dominantes

Via le prisme d’une domestique embauchée dans une maison normande, l’auteur y dénonce avec une plume acerbe toute la médiocrité et les turpitudes d’une bourgeoisie esclavagiste, hypocrite, avare. À travers un regard qui perçoit le monde par le trou de la serrure, Mirbeau met en lumière la condition des employés de maison, exploités et humiliés par les nantis. D’une lucidité impitoyable, il dépeint les classes dominantes dans ce qu’il y a de plus nauséabond et décrit un véritable enfer social. 

Un texte transgressif

Après une expérience désastreuse chez un vieux libidineux féru de bottines, Célestine est engagée chez les Lanlaire, un couple d’odieux bourgeois provinciaux. Madame est mauvaise, tyrannique et cupide. Monsieur est sinistre et frustré, soumis à Madame. La chambrière fera la rencontre de Joseph, le cocher-jardinier, dépeint comme un rustre antisémite et sadique. Horrible personnage soupçonné des crimes les plus atroces, Célestine sera attirée malgré tout par cet être abject et mystérieux.

Une mise en scène intimiste

Adapté à de nombreuses reprises au théâtre et au cinéma, Le Journal d’une femme de chambre est ici mis en scène par Nicolas Briançon (Mademoiselle Else, Jacques et son Maître). Dans une approche à la fois lumineuse et intimiste, il réussit avec brio à mettre en exergue toute la beauté d’un texte puissant et à sublimer une comédienne incarnée. 

Dès les premières minutes, nous sommes embarqués dans le récit. Plongés dans une pénombre caravagesque et charmés par les notes exquises de Debussy, nous sommes éblouis par l’interprétation sensible et délicate de Lisa Martino, dont les yeux pétillants nous rappellent Béatrice Agenin dans la pièce Marie des Poules. La comédienne conjugue grâce, élégance et générosité. Avec un phrasé prosodique modulé à l’envi selon les personnages qu’elle fait vivre sur scène, elle offre à son public un très joli moment de théâtre. 

 

Visuel : (c) Fabienne Rappeneau

Le journal d’une femme de chambre 

d’Octave Mirbeau 

Au Théâtre de la Huchette 

Les Folies Gruss
Ilya Kaminsky : « It would dishonor the victims of war, dishonor their bravery, if we only describe their days as doom, doom, doom »
Avatar photo
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration