Théâtre

Rosmersholm, une tragédie domestique d’Ibsen à la Colline

22 novembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

Deuxième partie du diptyque Ibsen mis en scène par Stéphane Braunschweig à la Colline (voir notre article sur Maison de Poupée), « Rosmersholm » concentre les thèmes fétiches du dramaturge norvégien : les fantômes, la vie de province, l’importance de la mrale protestante et l’impossibilité de la confiance et donc du couple. La mise en scène simple et efficace met en valeur le drame domestique puissant de cette pièce moins connue d’Ibsen et qui gagne à l’être.

Après le suicide de sa femme, le pasteur Rosmer (Claude Duparfait) reste seul au domaine familial, en compagnie de Rebekka (Maud Le Grevellec), une parente pauvre venue du nord de la Norvège tenir compagnie à sa femme, avant sa mort et qui règle désormais les affaires quotidiennes du domaine. La mort de sa femme a libéré Rosmer qui voudrait abandonner ses anciennes convictions pour vivre enfin pleinement sa vie en toute liberté. Poussé dans cette direction par Rebekka, il est néanmoins arrêté dans sa mutation par ses anciens amis dont l’austérité peut se faire très sévère. Et Rebekka elle-même a perdu son énergie vitale et sa volonté de liberté à force de vivre avec les fantômes moralisateurs de la famille Rosmer. Quand ces deux-là s’avouent leur flamme, il est déjà trop tard pour jouir de l’amour et la situation est trop compliquée pour qu’ils parviennent à se faire vraiment confiance.

rosmersholm

La mise en scène épurée de Stéphane Braunschweig présente gris, et de biais l’enfermement que constitue la vie à Rosmersholm. Deux murs sans couleur, et les portraits très noirs des ancêtres du pasteur suffisent à symboliser l’aridité d’un climat où la vivante Rebekka se meurt comme une fleur sans eau. Les costumes noirs, blancs et gris de Thibaut Vancraenenbroeck sont dans le même sens minimaliste. Servi par des acteurs extraordinaires, le texte d’Ibsen a donc toute la place pour s’enchaîner en tragédie annoncée, dans les hautes sphères d’une recherche très bourgeoise de la perfection. Seule la domestique du domaine, Madame Helseth (fantastique Annie Mercier) apporte une touche de vie dans ce qu’elle a de bon sens vulgaire à ces êtres éthérés se battant, en vain, contre des fantômes.

« Rosmersholm« , de Henrik Ibsen, mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec Maud Le Grevellec, Claude Duparfait, Annie Mercier, Christophe Brault, Jean-Marie Winling et Marc Susini, jusqu’au 16 janvier 2010, mercredi à 19h30, vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30, durée du spectacle : 2h30, Théâtre de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris 20e, m° Gambetta, 27 euros (abonné : 13 euros, moins de 30 ans : 13 euros, moins de 30 ans abonné : 8 euros). Réservation : 01 44 62 52 52.

Photo : Elizabeth Carecchio

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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