Théâtre

Règlement de comptes dans Le Nombril d’Anouilh à la Comédie des Champs-Elysées

07 avril 2011 | PAR Christophe Candoni

C’est l’ultime pièce de Jean Anouilh, écrite en 1981, et aussi la dernière mise en scène de Michel Fagadau. Le directeur de la Comédie des Champs-Elysées s’est éteint alors que les représentations débutaient au mois de février. Dans la foulée du joli succès qu’a été « Colombe » avec Anny Duperey et Sara Giraudeau la saison passée, Fagadau revenait à Anouilh avec « Le Nombril » et signe une comédie joyeuse et grinçante dans laquelle Francis Perrin est formidable.


De mots d’auteurs, de petites phrases assassines, le texte de Jean Anouilh en fourmille. Le dramaturge ironise sur son époque, avec un esprit conservateur qui peut déplaire mais aussi un talent indéniable et surtout un humour mordant. Car on rit devant ce portrait lucide et pourtant peu flatteur de la nature humaine. Il y a même de la noirceur, de la méchanceté dans cette pièce qui raconte l’histoire d’un vieil homme, auteur dramatique en panne d’inspiration, qui noie ennui et oisiveté dans les cigarettes et le whisky, et se fait assaillir par ses proches qui lui reprochent d’être un égoïste de premier rang : son « fidèle » ami, cuistre et sans scrupule, vient lui soutirer de l’argent pour financer son cinquième mariage, son ex-femme hystérique peu avare en reproches et pas moins intéressée et enfin ses enfants sans moralité, épris de liberté et d’inconstance, tous défilent dans son bureau-salon (beau décor de Mathieu Lorry-Dupuy, tout comme les splendides costumes de Pascale Bordet).

Francis Perrin ne quitte pratiquement jamais le plateau et porte la pièce avec son jeu énergique et généreux. Loin d’être un acariâtre vieillissant et gouteux comme on pourrait le voir, il en fait un personnage plein de vie et de santé, il bondit sa canne à la main et la patte dans un énorme chausson bandé. Le comique est inné chez l’acteur, mais comme un clown triste, il n’écarte pas la sincérité du personnage et le rôle gagne en subtilité et en humanité. Michel Fagadau a signé une mise en scène tout à fait fidèle à l’esprit satirique de la pièce et lorsque le rideau se lève sur le « conseil de famille », le rire l’emporte devant ces caricatures de la petite bourgeoisie plus vraie que nature où seules les apparences comptent. Mais derrière se cachent des cœurs secs, des calculateurs froids. Le vernis se craquelle, la famille se délite. Les acteurs prennent un malin plaisir à camper ces personnages cupides, lâches, vulgaires, hypocrites et incapables d’aimer. Francine Bergé, l’allure stricte dans son tailleur noir, la voix perchée et éraillée, réalise une composition hilarante. Davy Sardou, nommé aux Molières, régale dans le rôle du gendre déclassé aux mœurs rigoristes, bourré de principes et de certitudes, et pourtant mari cocu. Les autres comédiens jouent avec bonheur ce théâtre que l’on pourrait penser vieillit et qui nous dit encore beaucoup de vérités sur les relations humaines.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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