Théâtre
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Quartier lointain, quand le manga devient du ( beau) théâtre

14 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Coup de cœur ! Voilà un moment que le spectacle ne s’était pas fait récit, intelligence et simplicité. Dans le cadre de sa programmation hors les murs, le théâtre de la ville nous amène jusque dans ce « quartier lointain », situé porte de Vanves, au Monfort. Prenez un bon bouquin pour patienter en métro, le trajet vous réserve un voyage dans le temps.

Hiroshi Nakahara a 48 ans, architecte et il a définitivement trop picolé la veille. Alors qu’il rentre chez lui, il se trompe de direction et part dans le passé. Il a maintenant sa conscience d’homme dans un corps d’ado. Le voilà 40 ans plus tôt; l’année où son père a décidé de les quitter.

« Quartier lointain »‘ est un célèbre manga de Jirô Taniguchi. Le metteur en Scène Dorian Rossel s’est emparé de cette histoire géniale pour en faire du théâtre. Dans une direction d’acteurs à la Lecoq où le mime vient dessiner des objets, un décor est fait de panneaux qui avancent alors que les hommes courent sur place. Des changements de perspective s’offrent à nous, nous qui nous les faisant voir debout alors qu’ils sont au sol. La mise en scène brillante vient souligner les méandres des réflexions de l’ado-homme. Ce qu’un enfant ne peut pas saisir, lui finira par l’entrevoir et le comprendre, réalisant, qu’on ne peut pas reprocher, même à son père de « vouloir recommencer sa vie ».

« Quartier lointain » pose une question : les évènements vont se superposer, vont-ils s’influencer ? L’histoire est captivante. Bien que le voyage dans le temps soit un thème récurrent dans la littérature, la bande-dessinée ou le cinéma, il est rare au théâtre. Un sujet de science-fiction devient ici un propos philosophique et sensible. Comme son propre père Hiroshi Nakahara passe une partie de son existence sans s’en rendre compte. Crise du middle âge oblige, ce malaise lié à l’alcool en pleine gare, fait figure de révélateur. Est-ce un rêve ou une expérience réelle aux accents fantasmagorique. L’histoire semble amener du fantastique et nous dire que oui, cela est vrai. Cette plongée dans le passé nous amène dans un monde tendre où tout semble parfait, du chien qui veille la télévision à la petite sœur qui adore ses nouvelles chaussures qui « brillent » selon les dires de la grand-mère en fauteuil roulant.

« Quartier Lointain » amène des yeux d’adulte sur une vie d’enfant permettant d’éclairer les choix des parents et la réalité d’une phrase idiote quand on a 14 ans « tu comprendras quand tu seras grand »…. La douceur des mots, la beauté fragile de la mise en scène faite de bouts de bois provoque de nombreux frissons accompagnés de sourires, parfois même des rires.

Un spectacle réjouissant et impeccable à voir d’urgence.

©CAROLEPAROD_LDD

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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