Théâtre
Quand une région vit pour son festival : l’exemple d’Avignon

Quand une région vit pour son festival : l’exemple d’Avignon

15 juin 2012 | PAR Sarah Barry

Dans le cadre de notre dossier consacré aux festivals de l’été, arrêtons-nous ici sur une manifestation qui, au-delà des enjeux commerciaux, recouvre une signification historique, sociale et culturelle dans un lieu donné. Un regard sur le Festival d’Avignon comme festival « du terroir ».

Elles sont nombreuses les garden-party publiques de l’été qui vous invitent à un trip artistique, qu’il soit celui des théâtreux, des adeptes du 7ème art ou des chasseurs de l’harmonie musicale, entre ragtime et rock psychédélique. Mais peu d’entre elles jouent les multirécidivistes depuis plusieurs décennies, portées par l’âme d’un lieu. Car certains festivals bénéficient d’un véritable engouement auprès de la population locale, que ce soit par le biais de leur ancienneté, de leur dimension identitaire ou de leur valeur culturelle et historique. Jetons un coup d’œil sur l’exemple du Festival d’Avignon, au cœur du département du Vaucluse.

C’est le phénomène théâtral français le plus considérable, que ce soit par le nombre de ses visiteurs ou par l’ampleur des spectacles présentés (qui désormais s’étendent à la danse, aux arts de rue, au mime, etc. ainsi qu’à des compagnies non françaises). Il est aussi l’évènement artistique « décentralisé » le plus ancien.

C’est en 1947 qu’il voit le jour, avec comme toile de fond une exposition d’art moderne installée dans la grande chapelle du Palais des papes. Le critique d’art Christian Zervos et le poète René Char, sollicitent l’acteur, metteur en scène et directeur de théâtre Jean Vilar (futur directeur du TNP, Théâtre National Populaire, de 1951 à 1963) pour qu’il mette en place une prestation scénique de son cru. Il propose trois créations dont profiteront 4800 spectateurs au cours d’Une Semaine d’Art en Avignon du 4 au 10 septembre 1947. 2900 personnes payeront leur droit d’accès, reléguant au second plan la portée commerciale de cette manifestation.

L’idée est lancée ; Jean Vilar réapparaît l’année suivante avec une Semaine d’art dramatique, signant ainsi le pacte en portant son travail en Avignon au pluriel. Se joint à lui une troupe de jeunes comédiens (au sein de laquelle s’illustrent de futures vedettes de la scène et du grand écran comme Jeanne Moreau ou Gérard Philippe) qui participe à une fidélisation grandissante du public.

Dans les années 50, c’est essentiellement le TNP qui fournit le festival en spectacles, Jean Vilar à sa tête. Sa vocation d’éducation populaire triomphe, alliée à un mouvement dynamique de décentralisation artistique ; le Festival d’Avignon (nom qui s’impose à partir de 1954) travaille à l’éducation des populations ainsi qu’à une vitalité culturelle en région.

Parallèlement à cela, dans la même dynamique d’éducation populaire, différents mouvements oeuvrent à la mise en valeur du théâtre comme moyen d’éveil culturel auprès des publics ; ces derniers se trouvent alors sollicités au sein de débats sur l’art dramatique, les politiques culturelles, etc. De même, les CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes de l’Education Active, créés en 1937) se consacrent à l’aménagement de Rencontres internationales, avant de fonder, aux côtés du Festival d’Avignon et de la ville d’Avignon, l’association Centres de jeunes et de séjour du Festival d’Avignon en 1959. Cette amicale s’efforce d’offrir un cadre d’échanges pour les festivaliers, et se constitue interlocuteur pertinent pour la découverte de la région et de ses atouts culturels. Elle tente également de régler le problème de l’hébergement des artistes et des visiteurs, dont le nombre ne cesse de croître.

Car à partir de 1966 le festival s’élargit aussi dans le temps, occupant Avignon et ses alentours durant un mois. Différents lieux coopèrent pour recevoir la masse croissante de spectacles proposés au public, d’autant que le festival « off » s’invite dans les marges : chapelles, gymnases, écoles ouvrent leurs portes au théâtre et au spectacle vivant. Aujourd’hui, la ville entière et sa périphérie se font scènes pour faire valoir une particularité culturelle et historique, une presque tradition.

Mais ce patrimoine culturel est mis en avant par d’autres acteurs, témoignant de ce que les « gens du coin » se sentent concernés. Exemples : la maison Jean Vilar à Avignon abrite un fonds documentaire considérable sur le festival depuis ses origines ; par ailleurs, des vignerons du Vaucluse ont été choisis pour chaque année soumettre à nos palais la « cuvée spéciale du festival ». Le terroir viticole est donc mis à contribution, notamment lors d’une dégustation à laquelle un restaurant local ouvre ses espaces.

Voici donc quelques éléments, parmi d’autres, qui font du Festival d’Avignon une manifestation particulière, riche d’un ancrage historique fort et d’une âme régionale. L’évènement, qui s’étale aujourd’hui sur trois à quatre semaines estivales, accueille près de 600000 personnes par an, spectateurs et artistes compris. Une grande partie des festivaliers vient de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, faisant encore du Festival d’Avignon un rendez-vous des environs.

 

Visuel : (c) Affiche officielle du Festival d’Avignon, édition de 1966

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Un été, des festivals, du théâtre
Sarah Barry