Théâtre
Preparatio Mortis, l’appel à la vie de Jan Fabre

Preparatio Mortis, l’appel à la vie de Jan Fabre

03 décembre 2012 | PAR Christophe Candoni

Dernier solo de la semaine consacrée à Jan Fabre au T2G à Gennevilliers, « Preparatio Mortis » a impressionné par sa vitalité ardente et combative qui tend à repousser la mort. Une sidérante beauté plastique et une corporalité exacerbée sont les éléments fondateurs d’une performance chorégraphique créée par l’artiste belge en 2005, après la mort de ses parents, pour et avec la danseuse Annabelle Chambon, fidèle à la compagnie Troubleyn depuis 2000 et interprète entre autres dans L’Histoire des larmes ou L’Orgie de la tolérance.

La pièce commence dans le noir complet à l’écoute hypnotique de l’orgue de Bernard Foccroulle et ses accords solennels et tonitruants. Dans une lumière tenue, se dévoile un tapis de végétations en mouvement. Ce démarrage trop esthétisant paraît d’un kitch un peu ridicule. Mais dès qu’apparaît l’impressionnante Annabelle Chambon, sa danse brutale et vivifiante, organique, orgasmique, tout en déséquilibre, en frissons, en tensions et torsions donne une intensité inouïe à la représentation.

Le plateau est jonché de fleurs coupées. Elles renvoient aussi bien aux cérémonies funèbres qu’à une nature fertile et nourricière. La danseuse les piétine, les mange, les étreint, les envoie valser, les saccage. Dans sa transe dévastatrice, la danseuse fait entrer en conflit la vie et la mort, la jouissance et l’épreuve, exprimées avec une violence et un souffle incroyables. Elle se dépasse, repousse les limites, atteint l’extrême pour mettre à distance l’inexorable et lutter contre la finitude. Lorsqu’elle se trouve piégée à l’intérieur d’une tombe de verre d’abord dissimulée derrière de hauts glaïeuls blancs, c’est là encore avec une énergie vitale qui coupe le souffle que la danseuse se meut et graffite le petit espace. La pièce est un appel à la vie, un combat, une résistance à la mort, féroce et magnifique.

 

Photo © Wonge Bergmann

Un espace hors du temps, Sonia Wieder-Atherton rend Gaveau Intime
Jean Lambert Wild glisse la condition humaine dans Mon amoureux noueux pommier
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A propos

Toute La Culture : Comment choisir ?
Toute La Culture est un magazine d'information pluridisciplinaire et national. Il regarde notre societé par les yeux des tendances et de la culture. Fondé en 2009, il est reconnu comme journal en 2012 puis d' Information Politique et Générale (IPG), en 2017

L’objectif de Toute La Culture est véritablement de parler de TOUTE la culture : un film d’animation d’Europe de l’Est comme blockbuster américain à énorme budget, un récital lyrique comme un nouvel album de rap, la beauté et les tendances sont abordées d’un angle culturel et même les sorties en boîte de nuit et les nouveaux lieux à la mode sont dans nos pages. Enfin, les questions politiques d’actualités sont au coeur de nos articles : covid, #metoo, mémoire, histoire, justice, liberté, identité sont au cœur de nos réflexions à partir des spectacles et œuvres que nous voyons comme critiques. Non seulement nos rédacteurs se proposent être vos guides et de vous aider à choisir dans une offre culturelle large, à Paris, en France, en Europe, mais c’est parce que Toute la Culture brasse large que, dans ses quinze articles quotidiens, le magazine doit avoir un point de vue arrêté sur l’actualité. Et ce point de vue part du principe que l’angle culturel offre une grille de lecture unique et précieuse sur le monde dans lequel nous vivons.
Soyez libres… Cultivez-vous !

Soutenez Toute La Culture