Théâtre

Jean Lambert Wild glisse la condition humaine dans Mon amoureux noueux pommier

Jean Lambert Wild glisse la condition humaine dans Mon amoureux noueux pommier

03 décembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jean Lambert Wild prolonge son travail auprès  du  jeune public. Après Comment ai-je pu tenir la-dedans ? son oeuvre circulaire autour du conte La chèvre de monsieur Seguin, son nouveau spectacle Mon amoureux noueux pommier vient raconter aux enfants, en 3d et en théâtre, le cycle de la vie. Déroutant.

Définir un spectacle de Jean Lambert Wild  est impossible. Ni les esthétiques, ni les propos ne se recoupent. De façon un peu légère on pourrait écrire que le lien est celui de la vie. Il interroge la condition  humaine sans emphase en questionnant des sensations comme le doute, la disparition ou ici, la transmission.  Un autre lien pourrait être celui de la fidélité, il s’entoure des mêmes artistes, ici, l’illustrateur Stéphane Blanquet, les musiciens Jean-Luc Therminarias et Léopold Frey, mais aussi la comédienne Chiara Collet.

Mon amoureux noueux pommier s’ouvre par l’hiver, il neige sur un plateau réduit, où la comédienne avance, tirant une corde, vers son destin. Elle est lourde, fatiguée. On comprend qu’elle marche vers la mort, « mais avant, elle rêva ». Premier trouble, elle raconte et vis en même temps, la narratrice s’intègre à l’histoire. Le rideau qui barre le plateau se lève pour laisser place à l’image d’un pommier décharné. Par un procédé à l’image du spectacle, traversant le temps, un système catoptrique, qui permet d’étrange réflexion de la lumière vient mêler, c’est Jean Lambert Wild qui le dit  « un système de métempsychose à combinaisons, un vieux procédé optique utilisé dans la magie auquel j’ajoute une invention qui permettra des transitions et des fondus enchaînés étonnants », dont acte !

Étonnant, le mot est juste. Une petite fille jaillit, elle naît de l’arbre, fusionne avec lui, lui donne un visage. Les quatre saisons se jouent alors, on traverse l’année de l’hiver à l’hiver, allégorie du renouvellement des générations. La conteuse vivra dans les mots  de ceux qui l’ont aimée  » ceux qui n’ont pas de nom disparaissent » nous dit-elle. Le tout dans une mise en espace sonore éblouissante et globalisante.

Jean Lamber Wild dessine quatre tableaux numériques et sans parole, chacun entrecoupé du renouvellement du récit. La réaction des enfants est incroyable, ils sont hypnotisés par ces images au caractère indéfinissable. On voit et on pense à une technologie très moderne, on a tort. Le metteur en scène par tous ces gestes explique que rien ne meurt jamais, que nous héritons du souvenir des êtres disparus. Le pommier renaîtra au printemps, hivernera, puis renaîtra, encore et encore, jusqu’à l’épuisement.

Ainsi va la vie.

 

 

Visuel : (c) ©Tristan Jeanne-Valès

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “Jean Lambert Wild glisse la condition humaine dans Mon amoureux noueux pommier”

Commentaire(s)

  • Elsa

    Un spectacle de Jean Lambert-wild est toujours une expérience surprenante, et c’est bien pour ça qu’on y revient! Ce type est assez fabuleux, il réussit à allier technique et littérature pour venir toucher l’émotion enfouie juste sous l’épiderme, et tout ça dans des registres très différents à chaque fois.
    C’est le 3ème spectacle que je vois de lui et une fois de plus c’est vraiment bluffant; celui-ci m’a particulièrement émue, bravo.

    décembre 4, 2012 at 22 h 48 min
  • Joséphine

    Ce spectacle là était vraiment beau, sensible, émouvant, un savant mélange de vie et de rêve. Cette histoire m’a beaucoup plu, bravo pour l »écriture et merci pour l’émotion.

    janvier 20, 2013 at 23 h 59 min

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