Théâtre

Peau d’Âne par Jean Michel Rabeux- Folie, humour et délicatesse

Peau d’Âne par Jean Michel Rabeux- Folie, humour et délicatesse

23 novembre 2012 | PAR Avela Guilloux

Après la « Barbe Bleue » Jean-Michel Rabeux adapte et  met en scène « Peau d’Âne », à la MC93.  Réjouissant.

Le théâtre pour les enfants, c’est comme le théâtre pour les adultes, mais en plus difficile. Quand un metteur en scène aussi engagé artistiquement que Jean Michel Rabeux se plie à l’exercice, et choisit un conte aussi étrange que celui de Peau D’Ane, on se réjouit, on attend, comme un enfant devant un cadeau de Noël…et on n’ est pas déçus !!

Si aujourd’hui les spectacles jeune public maîtrisent à merveille l’art de faire rire parents et enfants de concert, peu savent se montrer aussi respectueux des enfants. Ici, ceux-ci ont la chance d’avoir un magnifique objet artistique, subversif et engagé, qui leur est adressé. Pour de vrai.  La folie et l’ exubérance habituelles des spectacles mis en scène par Jean- Michel Rabeux sont là, assortis d’une belle légèreté, celle qui permet de comprendre et d’entendre le texte. Ce spectacle-là, c’est de la dentelle.

Peau d’Âne, c’est l’histoire d’une princesse dont le père a la folie de vouloir l’épouser. Pour tenter d’échapper à ce mariage interdit, aidée par sa marraine la fée, la Princesse se montrera capricieuse, réclamant des cadeaux tous plus fous les uns que les autres : robes couleurs du temps, de la Lune ou du soleil, et finalement peau de Melchior, l’Âne Banquier chéri par son père…Malheureusement, rien n’arrête le Roi, qui réalise tout ce que sa fille souhaite. Celle-ci céderait presque à ses avances, mais, encore une fois aidée par la fée, et camouflée sous la peau de l’âne, elle fuit.  Transformée en créature monstrueuse, elle connaîtra une vie de misère et de labeur, avant de rencontrer un Prince…Et tout est bien qui finit bien.

 

C’est la fée marraine, créature échappée d’une pièce de Copi, qui est ici la narratrice du conte. Christophe Sauger, magnifique dans son costume rose bonbon froufroutant, sait apporter dès son entrée en scène le comique nécessaire : car ne l’oublions pas , c’est bien de l’inceste dont il est question ici, de la folie d’un amour possessif à outrance.

Jean-Michel Rabeux traite ce sujet grave avec beaucoup de délicatesse. Ici tout est dit. Et si c’est trop dur à dire, on le suggère, ou on le traite avec humour : la Reine est très belle sur son lit de mort, quand elle fait promettre au Roi de ne se remarier qu’avec une femme plus belle et mieux faite qu’elle, mais sa robe blanche aux longues manches n’évoque-t-elle pas une camisole ? Le Roi devient fou de désir en voyant sa fille, mais, immédiatement, l’humour vient désamorcer  la situation : le papa aux idées bizarres devient un loup tout droit sorti d’un Tex Avery.

On rit parce qu’il le faut, parce que ce trouble-là, beaucoup d’enfants l’ont connu, parce que beaucoup de petites filles ont rêvé d’épouser leur père, mais que l’inverse ne fait rire personne, normalement. Le subtil dosage entre conte terrifiant, références à l’actualité, humour et merveilleux aura rarement été aussi bien réussi. Jean-Michel Rabeux respecte ses jeunes spectateurs : il fait confiance à leur profondeur d’esprit et à leur intelligence, mais ne leur impose rien. Le conte en lui-même est suffisamment cruel, pas la peine d’en rajouter.

Le spectacle est porté par une distribution formidable. Aurélia Arto campe une princesse comme on aime les voir : belle comme le jour mais pas potiche pour un sou, passant d’un extrême à l’autre comme une enfant, se défendant becs et ongles contre ce mariage monstrueux, avec toute la force de sa jeunesse. Hugo Dillon incarne à merveille un roi rendu fou par le malheur. Quant à Christophe Sauger, son interprétation de la Fée, grotesque et sublime, est un vrai bonheur.  Remarquablement bien dirigés, ils évoluent dans un magnifique décor qui semble fait de bric et de broc, et s’amusent comme des petits fous.

Impossible de clore cet article sans parler des costumes. Car dans Peau d’Âne, on parle de robes et quelles robes !!! Couleur du Temps, de la Lune et du Soleil…On n’en dira pas trop pour ne pas gâcher la surprise, mais ces parures créées par Pierre-André Weitz , simples et merveilleuses, où guirlandes lumineuses et grands jupons sont au rendez-vous, n’ont rien à envier à celles du film de Jacques Demy, qui continuent à faire rêver les petites filles.  La différence, c’est qu’avec celles-ci, la Princesse peut bouger, danser, courir.  Des robes folles mais simples. On aime, on est fans, on a les yeux écarquillés tellement c’est beau, tellement ça brille…

 

Peau d’Âne est  un spectacle à voir absolument. On espère de tout coeur que Jean Michel Rabeux continuera longtemps son exploration des contes.

 

Visuels : Ronan Thénadey  (photo de la princesse), visuel de l’âne ©M Kuhn

 

Retrouvez notre interview de Jean Michel Rabeux

Brigitte Engerer sous la lune (0h40 le 26/11/2012 France 2)
Björk en tournée à Paris en février 2013
Avela Guilloux

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