Théâtre

Othello, la puissance du théâtre subjuguant d’Ostermeier

18 mars 2011 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre Les Gémeaux à Sceaux présente la troisième mise en scène shakespearienne de Thomas Ostermeier qui avait déjà monté « Le songe d’une nuit d’été » puis un formidable « Hamlet » dans la Cour d’honneur du Palais des papes en Avignon. Le talentueux directeur de la Schaubühne de Berlin se montre aussi à l’aise et inventif lorsqu’il met en scène des « pièces de salons » dans le style d’Ibsen ou de Lars Noren que dans la folle démesure de Shakespeare, se concentrant sur le drame, la vérité des situations à jouer et des personnages avec un sens du spectacle et de l’émotion incomparable. La pièce a été créée l’été dernier au théâtre antique d’Epidaure, le berceau de la tragédie grecque, on dirait que les forces dionysiaques se sont penchées sur ce spectacle subjuguant.

Le théâtre est convention et Ostermeier ne se préoccupe pas d’illustrer vainement l’Othello de Shakespeare mais au contraire fuit tout pseudo-réalisme. Volontairement, il fait le choix de ne pas distribuer un acteur noir dans le rôle du maure, une cérémonie muette en guise de prologue pendant laquelle Desdémone enduit d’un liquide noir le corps totalement nu d’Othello fait parfaitement comprendre qu’il est question d’une métaphore de l’étrangéisation du personnage. C’est pareil pour la scénographie, sublime comme d’habitude, qui ne cherche pas à représenter quelque chose du lieu de l’intrigue mais se veut une installation monumentale et hyper contemporaine, à la beauté sombre et froide, un espace de jeu magnifique pour les acteurs. Au centre, un bassin d’eau, il réfère aussi bien à l’aqua alta vénitienne qu’à la mer déchainée (du plus bel effet pendant la tempête navale), et à la plage de l’île chypriote. C’est ainsi que le spectacle repose sur des touches, des éléments, des symboles. Le lit matrimonial, celui où Othello assassinera la belle Desdémone avec une sauvagerie saisissante, vogue au centre du bassin comme un navire flottant et instable pour dire combien la relation sentimentale entre les héros est menacée. La mise en scène donne dans le spectaculaire mais sans excès, elle mêle musique en live (orchestre sur scène) et vidéo de manière irréprochable. Sa quête est ailleurs, dans une volonté constante de vérité et pour cela, Ostermeier fait confiance au texte, adapté par son dramaturge Marius Von Mayenburg, à l’impact des mots, et même si la pièce subit des modifications, c’est uniquement cela la fidélité à un texte. La force du verbe est porté avec intensité, justesse et autorité en scène par des interprètes jeunes et tous exceptionnels. Leur jeu est brutal, physique, rageur, totalement désinhibé, inouïe.

Cette lecture d’Othello est détonante, intime et politique. Elle propose avec pertinence de nouvelles pistes d’interprétation de la pièce. A l’origine du mal qui s’abat sur les personnages, le manque de reconnaissance, la trahison que vit Iago en n’étant pas nommé lieutenant par Othello qui lui préfère Cassio. Mais se joue une tragédie encore plus grande que celle de la jalousie, le drame passionnel de l’amour fou. Stefan Stern est, dans le rôle de Iago, un ange frêle et maléfique, diabolique, effrayant, amoureux d’Othello joué toute en finesse et en contradiction par Sebastien Nakajew, bien bâti, éprouvé, sincère, à vif. Ils combattent et se battent dans une atmosphère sensuelle, de désir et de haine, de fausseté des apparences et d’une violence frappante.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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