Théâtre

Olivier Py sublime Eschyle

Olivier Py sublime Eschyle

08 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Olivier Py a, durant sa direction à L’Odéon eu la volonté de monter l’intégralité du théâtre d’Eschyle. Il a commencé avec Orestie et finira avec Prométhée enchaînée. Entre, il a fait des Suppliantes, des Sept contre Thèbes et des Perses une trilogie qu’il a, depuis 2009,  crée pièce après pièce dans un projet parcourant les lycées de France. L’aventure fait escale dans la petite salle Roger Blin . L’occasion de proposer une mise en scène sans décor , sans lumière, juste le talent brut de Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Mireille Herbstmeyer,l’acuité actuelle du texte d’Eschyle et une après-midi caniculaire d’un mois de mai estival.

Trois pièces
Le premier spectacle est Les suppliantes, qui semble être la toute première œuvre du poète. Elle raconte l’histoire des Danaïdes fuyant les Egypitiades. Olivier Py met en avant par son adaptation la place des étrangers dans la société. Le spectacle a été créé en 2009 et reste d’une actualité folle . « Que la question des étrangers n’apporte pas le trouble »,  » Aider les étrangers apporte le bonheur ».
La seconde, Les Sept contres Thèbes écrite en 467 Raconte la fin du mythe d’Œdipe ; Olivier Py choisit de faire disparaître Antigone de l’histoire , la concentrant uniquement sur l’opposition entre les frères et fils d’Oedipe. Pour rappel, Laïos désire un fils mais Jocaste, sa femme est stérile. Il implore Apollon qui lui ordonne de renoncer, sinon, la descendance qu’il obtiendra sera détruite. Laois désobéi , Jocaste a un fils , Œdipe. Laïos comprend son erreur et fait grandir son fils loin de la cité. Par un hasard divin, il tuera, sans le savoir, son père, couchera avec sa mère qui aura de cette union deux enfants , Etéocle et Polynice. Découvrant la vérité, il se crève les yeux. Les Sept Contre Thèbes nous permettent de rencontrer Polynice, réfugié à Argos. Sa cité sera attaquée par sept chefs d’armée, le septième est son frère, Etéocle. Ils se battront à mort, finissant d’accomplir l’oracle d’Apollon.
Enfin, la trilogie se clôt par une création, Les Perses. Les Suppliantes et les Sept ont déjà été montées en 2009 et en 2010. Pour cette clôture, nous nous retrouvons encore une fois dans une histoire mêlant les Dieux et la Guerre au moment de Salamine, marquant la victoire sans appel des Grecs sur les Perses.

Un monument théâtral
La scénographie est la même pour les trois pièces. Les comédiens sont en noir, costume de ville pour les hommes, pantalon et grand manteau pour la puissante Mireille Herbstmeyer. Quelque petits éléments de décors viennent légèrement appuyer le propos. Un rameau d’olivier dans les Suppliantes, une télévision sur laquelle le chœur voit arriver les nouvelles de l’envahisseur dans les Sept et du maquillage pour transformer Xerxès en son père lors des Perses.
La force du spectacle réside alors uniquement dans la violence des comédiens.  Eschyle a connu la guerre et le sujet traverse tout son théâtre. Les personnages sont confrontés à la fois à la folie des hommes et à la puissance des Dieux dans une dualité permanente. Dans les Sept, il est dit  » Les dieux abandonnent les perdants » et « il ne faut pas ajouter le malheur au malheur ». Les hommes apparaissent responsables de leurs actes, mais quand ils trahissent les oracles, tel Xerxès qui fait l’affront de relier les rives du Bosphore par un pont, ils sont gravement punis.
Ils sont trois sur scène et nous plongent dans les hautes sphères des Dieux. Le plateau, long, étroit et  surélevé, change le regard habituel du public reparti de part et d’autre de la scène. Le spectateur doit clairement pencher la tête en arrière pour assister aux drames qui se nouent. Cette position permet de placer les comédiens dans le champ du divin.Les Danaïdes  sont filles de Io déesse aimée de Zeus, jalousée et punie par Héra.  La reine des Perses a été la maîtresse de Darios et  dans les Sept, ce sont les fils d’ Oedipe qui s’entretuent.

Tous trois sont dieux dans leur art. On aura rarement vu texte tant maitrisé, larmes et sueurs mêlés. Le corps est ici solide, également utilisé dans des moments chorégraphiques frissonnants. Olivier Py livre l’essence même du théâtre antique dans un épurement sans filet où à l’instar du texte des Suppliantes , il ordonne  et applique la sentence : « Ton verbe est action »,  » Nous devons notre salut à la force des mots ».

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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