Théâtre

[MiMa] « Anatole, réparateur de coeurs », le patient réparateur du lien dans l’espace public

[MiMa] « Anatole, réparateur de coeurs », le patient réparateur du lien dans l’espace public

05 août 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Croisé dans l’allée du Off de MiMa, Anatole, réparateur de coeurs du Théâtre des babioles est un drôle de bonhomme : avec sa drôle de tête ronde et ses épaules un peu voûtées, vêtu de son bleu de travail et équipé de sa vieille boîte à outils, il n’a pas son pareil pour créer silencieusement des petites bulles d’intimité et de délicate poésie. Une déambulation qui se traverse autant qu’elle vous traverse.
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C’est un drôle de bonhomme, un peu de guingois. Il trotte de son petit pas sûr, avec sa bonne tête toute ronde et ses yeux doux qui vous regardent sans ciller. Il n’a pas son pareil pour voir, au-delà des apparences, quels coeurs ont besoin de ses interventions et de sa délicate prévenance.

Lui, c’est Anatole, et son boulot, c’est de réparer les coeurs, dans les rues, dans les gares, aux terrasses des cafés, bref, là où sont les gens, dans ces espaces qu’on appelle encore publics par habitude, mais où l’imprévu ne surgit plus guère – à part celui de la plus désagréable espèce. Anatole, il accomplit une tâche de salut public, en ramant paisiblement à contre-courant. Obstinément, tranquillement, il crée des rencontres, remet de la poésie là où on ne l’attendait pas, quand on ne l’attendait plus.

Le modus operandi n’est jamais tout-à-fait le même, ni jamais tout-à-fait improvisé. Lorsqu’il avise une personne ayant besoin de ses soins attentifs, Anatole la prend par la main. Puis il sort ses outils. A la fin de son intervention, il laisse une petite trace sur le coeur réparé, une plume dans son sillage, une carte de visite au cas où. Puis il s’en va trouver un autre patient, un groupe d’enfants sur les talons.

La force de cette proposition, en plus de sa dimension politique qui est propre à tout spectacle de rue, c’est sa légèreté. Légèreté en termes de moyens, car il ne faut guère à Delphine Kleynjans – l’artiste que l’on trouverait sous le bleu de travail d’Anatole si on y coulait un regard –  que sa boîte à outils et la tête d’Anatole pour pouvoir jouer. La rumeur dit d’ailleurs qu’on la croise parfois à vélo sur les routes, transportant son petit nécessaire de festival en place de marché. Légèreté aussi dans le propos, et dans la dramaturgie : la proposition est douce comme une caresse, et elle s’adapte à tous, des plus timides aux plus audacieux. Le maître-mot est ici: attention bienveillante. C’est un spectacle qui prend soin des gens.

Les gestes de Delphine Kleynjans, le rapport muet qu’elle établit avec son patient, l’intimité et la confiance qu’elle construit en quelques battements de coeur, sont à chaque fois fonction de la subtile alchimie qui peut s’établir au gré de ces rencontres de hasard. On a vu des patients, d’abord trop timides pour ne pas tenter de se dérober, suivre ensuite la déambulation, un sourire extatique aux lèvres : c’est le clair témoignage de la finesse de perception et d’exécution de l’artiste.

Au-delà de cela, la raison pour laquelle Anatole réussit si bien, c’est qu’il est très habilement animé. La précision avec laquelle son regard est dirigé force l’admiration. Sa gestuelle, sa posture, le rythme de ses mouvements, leur vitesse, leur ampleur, tout est travaillé au millimètre pour donner une consistance au personnage.

Cette déambulation, il pourrait sembler qu’il ne s’y passe presque rien.

En réalité, il s’y passe des choses essentielles. De celles qui sont invisibles, insaisissables, fugaces. Qui ne font ni bruit ni éclats de lumière. Mais qui comptent, profondément.

A chaque fois qu’Anatole croise le chemin d’une nouvelle personne, c’est une nouvelle histoire, unique, fondée sur un véritable échange, qui naît et se fixe dans la mémoire de ceux qui en sont témoins. Un travail d’orfèvre dans l’improvisation, sur une base toute simple.

On peut l’affirmer : s’il y avait davantage d’Anatoles, le monde serait plus doux et plus beau.

Anatole réparateur de coeurs a la poésie de ses intentions, la force de la rue, la magie de la rencontre, l’élégance de la simplicité.

Si votre chemin croise sa route, arrêtez de courir, et suivez-le. Et incitez ceux qui courent en même temps que vous, à faire de même. C’est un beau cadeau que vous vous ferez.

Conception et interprétation: Delphine Kleynjans

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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