Théâtre

Marseille par Caubère à la Maison de la Poésie

Marseille par Caubère à la Maison de la Poésie

10 janvier 2013 | PAR Justine Braive

Décidément, la ville de Marseille ne cesse de faire parler d’elle. Bien avant que Marseille ne soit élue « capitale européenne de la culture », dans les années 30, l’auteur méconnu marseillais Suarès a écrit un véritable hymne d’amour à sa ville natale Marsiho (Marseille en provençal). Certains diront qu’il y a de la haine aussi. En réalité, Suarès aime Marseille pour ses qualités et ses défauts qu’il sait souligner.

Philippe Caubère nous invite à une découverte intime de Marseille, ville trop souvent réduite à son « accent, son équipe de foot ou encore ses quartiers difficiles ». Le comédien a découvert l’auteur il y a une quinzaine d’années, un peu par hasard, dans une librairie. Lorsqu’il lit « Marsiho », il retrouve sa famille, des moments de son enfance. Touché (le comédien affirme que « Marseille, c’est mon père »), il décide alors d’interpréter Marsiho, texte exigeant et très littéraire, requérant une certaine attention pour en saisir pleinement la poésie.

Pourtant, par un découpage intelligent et un jeu saisissant, Philippe Caubère parvient sans peine à nous ouvrir le cœur de Marseille. Pendant deux heures, le comédien nous décrit une ville ambivalente, explorant avec amour et parfois haine les différents quartiers de Marseille. Il parcourt ses paysages et son histoire, croque ses personnages pittoresques, loue son âme rebelle et nous fait part de ses indéfectibles « défauts ». Et des défauts, elle en a. Marseille affiche un curieux urbanisme, « à deux, trois bâtiments près, tout est hideux », il faudrait faire « sauter la cathédrale », il raille le peuple qui a la « rage de l’égalité ». Il affirme par la suite que « rien ne manque plus à Marseille que d’avoir connu la dictature des aristocrates », ajoute que « la bouillabaisse ne suffit pas » et que Marseille est « une terrible ville si loin de l’art » où « il est honteux de tirer aliment de son esprit ». Mais lorsque le mistral souffle et qu’ « il lui arrache ses vêtements », « Marseille sort de son sommeil » et la « nudité révèle la splendeur de la ville »Par une série de petits portraits de chaque recoin de la ville, des quartiers sordides où traînent les prostituées en passant par le vieux port, les collines et les horizons maritimes , en décrivant les habitants de la cité dont Mme Caillol, tenancière d’un bar à l’allure peu élégante ou encore les cagoles sur un fond de Wagner, Philippe Caubère nous peint avec la même dévotion la beauté et la misère de Marseille.

La mise en scène est extrêmement sobre, il n’y a aucun décor, seulement quelques effets de lumière, de vent et de la musique. Le texte est alors sublimé et fait l’objet de toutes les attentions. Caubère restitue l’âme de la ville par une interprétation remarquable.

 

Visuel (c) Maison de la Poésie

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Justine Braive

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