Théâtre
Urgent Crier ! L’hommage irrésistible de Philippe Caubère à André Benedetto (Maison de la Poésie)

Urgent Crier ! L’hommage irrésistible de Philippe Caubère à André Benedetto (Maison de la Poésie)

13 novembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 31 décembre 2011, Phlippe Caubère rend hommage à l’acteur, poète, auteur et homme de théâtre, André Benedetto à la Maison de la Poésie. Créé cet été au théâtre des carmes d’Avignon, dans le cadre d’un off que Benedetto avait dirigé, Urgent Crier! » trouve parfaitement ses marques dans le cocon feutré -quoique parisien- de la Maison de la poésie. Une aventure humaine et esthétique profonde qui ouvre à des rivières de générosité et à la possibilité d’un théâtre libertaire dont les comédiens du Sud seraient les meilleurs émissaires.

Pour lire la critique de Christophe Candoni du spectacle dans sa version avignonnaise de l’été 2011, c’est ici.

Sous le titre du premier recueil de poèmes publié par André Benedetto – et dont paradoxalement il ne lit pas une ligne-, l’immense Philippe Caubère a « cousu » ensemble trois textes de maturité de l’acteur et auteur André Benedetto. Figure aujourd’hui un peu méconnue, le charismatique Benedetto – considéré comme le fondateur du festival off d’Avignon- a eu d’importants disciples et a inspiré toute une génération d’hommes et de femmes de théâtre. Libertaires, révoltés et éminemment poétiques, ses textes ont aujourd’hui été un peu oubliés. Caubère dit ne pas tenter, avec ce spectacle de cœur et d’admiration, remettre au goût du jour Benedetto. Pour ceci, il fait confiance à la profondeur et au génie de ses écrits. « Urgent Crier ! » se présente plutôt comme la tentative de Caubère de se glisser dans la peau de Benedetto – ses mots, son accent méridional, ses mimiques – pour lui rendre hommage. Le vivant solo de Caubère est ponctué par quelques vidéos et quelques images qui semblent dérouler l’histoire du festival d’Avignon, tandis que des versions chantées (Caubère est accompagné à la guitare par Jérémy Capagne) de poèmes forts de Benedetto permettent de passer avec grandeur et violence d’un extrait à l’autre. Tout commence par un portrait brillant de Jean Vilar, qui saisit les traits de génie commun de plusieurs grands comédiens méridionaux, ces « vieux crocodiles très expérimentés », qui savent entièrement se laisser clouer à l’impératif du théâtre. Le théâtre pour Benedetto est un art d’une cruauté nécessaire et une transgression salutaire pour la démocratie.  Antonin Artaud, autre figure méditerranéenne tutélaire, que d’aucuns ont voulu faire passer pour fou car il a trop bien joué, fait l’objet du deuxième texte vécu par Caubère. Dans un style de toute beauté, Benedetto immortalise Artaud en figure d’Albatros dans laquelle tout homme de théâtre pourrait se reconnaître. Caubère donne à chaque mot toute son intensité et toutes ses vibrations de colère, de rage et de passion. Après un poème de transition qui est aussi un peu un voyage à Cythère, l’acteur entonne une sorte de poème fait de conseils aux divers techniciens qui permettent au spectacle de vivre. Ce « Magnificat » est carrément drôle et quasi-paternel dans sa tendresse. Le spectacle se clôt sur un poème de révolte qui décrit un Avignon en état de fascisation avancé en juillet 1968.

En près de deux heures de généreux spectacle, à peine épaulé par son excellent guitariste et une lumière parfaitement calibrée, Philippe Caubère joue les hommes-orchestre : jeu, chant, conférence, témoignage, il est présent sur tous les fronts. Surtout, il entre avec amour dans la peau de Benedetto, comme un fils porterait l’âme de son père. L’incarnation transmue le one man show en rite et rejoint les plus profondes racines du théâtre : ces fondements magiques qui font qu’une seule représentation peut bouleverser l’ordre établi du monde. Un travail aussi profond dans son esthétique que dans son éthique, qui parle  autant aux 100% parisiens qu’à ceux qui connaissent parfaitement  le Palais des Papes, Vilar et la place centrale des troubadours dans l’art français du théâtre.

« Urgent Crier ! », textes d’André Benedetto, mise en scène et jeu Philippe Caubère, guitare Jérémy Campagne, production La Comédie Nouvelle. 1h50 min.

(c) Michèle Laurent.jpg

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La fiancée du fantôme écrit par Malika Ferdjoukh, illustrations d’Edith
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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