Musique

Rencontre avec Babx et ses drôles de drones très personnels

Rencontre avec Babx et ses drôles de drones très personnels

07 mars 2013 | PAR Yaël Hirsch

Dans les coulisses de l’Album de « L » ou de Camélia Joradana, c’était lui. Troubadour tout juste trentenaire, dont les premiers disques solos ont été nommés aux récompenses les plus prestigieuses (Victoires de la musique en 2007 pour son album éponyme et Prix Constantin en 2009 pour Cristal Ballroom), BabX est de retour chez Cinq7 avec un album au titre rêveur « Drones personnels ». de femmes libérées en égéries de dictateurs, de rêveries d’aéroports en fantasmes de futurs antérieurs, les collages de son et de textes un peu surréalistes et très habités de Babx se déploient avec grâce dans 10 titres parfaitement maîtrisés. Un régal pour les fans de l’auteur-compositeur interprète qui nous replonge dans la science et la fiction de nos cinq ans. Avant d’entamer la tournée qui passe par la Gaité Lyrique le 19 mars et à quelques jours de la sortie de l’album, rencontre avec un surdoué au rire communicatif.

Les références de ce troisième album semblent souvent tirées de la science-fiction des années 1970 et 1980. Ca semble moins lointain certains clins d’œil à l’Entre-deux-guerre des deux précédents albums. D’où vient cette « actualisation » ?
J’ai eu une obsession dans ce disque-là, c’est-de prendre le contre-pied de mes précédents disques et de sortir des cuirs et des cordes, des références musicales que j’ai pu écouter chez mes parents, pour faire ma musique. Et en le faisant la chose que je me disais c’est que j’aimerais bien que dans 40 ans, si on écoute cet album-là on puisse se dire « ah le début du 21e siècle, ça sonnait un peu comme ça ». Je voudrais qu’il y ait quelque chose vraiment de notre époque qui transparaisse autant dans la musique que dans l’imaginaire. Du coup, il y a plus de machines, plus de synthétiseurs, que sur les précédents albums. Et surtout je n’ai voulu ne faire ça qu’avec mon groupe. Je me suis interdit de faire appel à des quatuors à cordes par exemple comme je l’avais fait sur mes précédents albums ou sur celui de L. Là, j’avais envie d’être proche de ce que je faisais avec mon groupe sur scène et de creuser cela.

Il reste un titre très acoustique dans l’album… les noyés…
Oui c’est vrai, c’est plus acoustique. Ce qui justifiait que je l’ai mis dans le disque, alors que je voulais faire quelque chose de différent même au niveau orchestration, c’est que tout ce qu’on entend là sont des claviers, des synthés, des choses mécaniques. Avant je l’aurais fait faire par un vrai quatuor à cordes ; là tout ce que tu entends derrière c’est fait par un vieil instrument datant des années 1950 et qui est un peu l’ancêtre du synthétiseur : le chamberlain. Ce sont des gens qui ont samplé sur des bandes des choses, notes par note. Dès que tu joue ça, tu fais revivre ces musiciens qui ont enregistré. Mais d’une certaine manière cela fait un peu le lien avec les précédents disques

Et donc, qu’est-ce qui t’a inspiré dans cet univers d’inspiration années 1970 et 1980 un peu déjanté fait de drones, de E.T. et de « gulliver » ?
Je ne sais pas très bien d’où c’est venu. Dans les années 1970, il avait quelque chose d’assez psychédélique qui doit me convenir. Pour la chanson « Tchador Woman », la référence que j’avais pour les guitares par exemple, c’était Sonic Youth et cette manière assez dégueu des guitares assez terreuses, et en même temps, ces mélodies un peu indienne, très LSD. Et surtout, l’utilisation des synthés nous fait tout de suite voyager vers cette époque-là. Je crois que la grosse référence, c’est Laurie Anderson, à l’état-civil la femme de Lou Reed une des pionnières de l’électronique, et elle a sorti au début des années 1980 « O Superman », une espèce d’incantation qui nous prévenait de l’arrivée des machines dans le siècle à venir. Elle utilisait une voix avec un encodeur, à mi-chemin entre l’humain et la machine. J’ai beaucoup écouté petit et qui me terrorisait. J’ai ressorti le vieux disque qui a beaucoup influencé tout le déroulement de l’album, même intellectuellement avec cette question sur la frontière entre la machine et l’être humain.

Il y a aussi une influence Bashung dans « Tchador Woman » ?
Il parait. Alors en fait je n’y ai pas du tout pensé en écrivant le texte – j’écris toujours les textes d’abord- J’étais totalement focalisé sur ce que je voulais raconter qui parlait de Manal Al-Sarif cette figure du Printemps Arabe emprisonnée pour s’être montrée entrain de conduire alors que son pays, l’Arabie saoudite interdit aux femmes de prendre le volant. Ce n’est qu’en écoutant l’enregistrement que je me suis dit qu’il y a avait « Madame » et « Rêve » dans le même texte et que ça faisait forcément Bashung !

« Drône personnels » est assez resserré : tu as tout condensé en dix chansons. Est-ce une question d’équilibre, d’exigence ? As-tu écarté plusieurs titres ?
Je trie pas mal. En début d’album, je me fais une image mentale du résultat et tout ce qui ne va pas dans cette direction est mis de côté mais des titres que j’aime et qui ne sonnent pas comme j’ai envie d’entendre cet album-là. Et je sais que mes compositions sont denses, j’ai pas envie que cela soit indigeste. Au départ, il y avait 11 chansons et de l’avis général c’était trop dense. On a réduit à 10. Mais j’ai insisté pour que la 11e reste en ghosttrack et qu’elle soit annoncée sur la pochette.

Sur l’album, il y a un titre étonnant qui considère 2012 comme un horizon futur. Etrange pour un album qui sort en mars 2013…
Je l’ai composée le 1ier janvier 2012, j’avais 40 de fièvre et je me souviens m’être plongé dans des images très rétro du début du 20ème siècle et chez els illustrateurs de 1910 on avait des visions assez géniale de notre temps. Et j’avais envie de faire référence à cette iconographie-là et de dire dans cette chanson qu’il ne va rien se passer de plus ou de moins en 2012. Et puis ce sera déjà bien.

Après le « Crack Maniac » de ton premier album, tu reprends ici le jeu des allitérations pour la chanson « Despote Paranoia ». Est-ce brutal de se mettre dans la peau d’un tyran ?
« Despote Paranoia » est venu pendant les révolutions arabes quand on a vu tomber un à un tous ces dictateurs qui la veille étaient les mecs les plus puissants du monde et qui tout à coup se transformaient en ridicules bouffons en fuite et en exil et particulièrement Ben Ali qui s’est retrouvé éjecté de Tunisie et qui, une fois exilé, s’est fait largué par sa femme, moins intéressée soudainement. Alors que moi-même je traversais des périodes relativement troubles à ce moment-là, j’ai trouvé cela formidable de voir à quel point ce mec puissant est devenu rien du jour au lendemain.

Avec L, Camélie Jordana ou encore les artistes qui tu as su mobiliser pour le Brain festival, vous donnez l’impression de créer en bande…
On est une vraie bande, on est avant tout une bande d’amis très proches. Avec L on se connaît depuis 15 ans maintenant, dès qu’elle a commencé et Camélia est venue rejoindre la bande. Il y a un quelque chose de très proche, de très familial et de très soudés. Depuis des années on se soutient dans nos projets mutuels. De voir que tout cela a évolué et voir où on en est maintenant et que l’amitié tient toujours, c’est une grande force. Une autre grande force c’est le studio (Pigalle, lieu mythique racheté par BabX nldr), parce que maintenant on peut vraiment moins nous emmerder…

Et dans cette bande, souvent, paradoxalement après trois albums, on a l’impression que tu es le moins connu du grand public ?
Je crois que c’est vrai, oui. Mais parce que Camélia, c’est vraiment une star. Quand elle sort dans la rue, il faut lui mettre une burqa pour qu’elle ne signe pas 15 autographes. C’est toujours difficile de connaître soi-même sa propre notoriété.

Et ça te fait quoi quand un candidat (et finaliste) comme Julien reprend ton titre « Lettera » pour passer les auditions de la Nouvelle Star ?
D’abord, on m’a souvent collé l’image d’un mec un peu difficile, intello, ce qui m’exaspère parce que je ne suis pas du tout comme ça. Et ça me fait doucement rigoler de voir un petit gars de 19 ans comme ça qui arrive et chante ma chanson à la nouvelle Star. Et puis, ça me touche de voir que cette chanson-là a une vie en dehors de moi, qu’elle touche des gens différents. Ca me touche beaucoup que Camélia ait voulu la reprendre sur son album avant qu’on se connaisse, ou ce jeune garçon que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam qui a décidé de la reprendre. C’est super émouvant, parce que je crois qu’on écrit tous des chansons pour qu’elles nous dépassent à un moment ou à un autre et qu’elles soient chantées par d’autres. Et je ne m’attendais pas du tout à ce que ce titre que j’ai composé il y a 12 ans soit repris par quelqu’un sans me demander mon avis.

Peux-tu nous parler du projet de « Pocket Opera » que tu vas réaliser à New-York
C’est un opéra un peu plus condensé. Lorsque j’enregistrais le précédent album à New-York avec Marc Ribot, j’ai rencontré le chef d’orchestre du Métropolis Ensemble, dont le but génial est de mettre la musique classique et orchestrale dans d’autres contextes et s’accoquinent avec des artistes différents, par exemple dernièrement, The Roots. Or ce musicien a écouté par un ami « Cristal Ballroom » et il savait que j’avais envie de travailler sur la forme de l’opéra –sans du tout faire la Traviata, il s’agit plutôt de s’inspirer des codes de l’opéra. Il m’a appelé, s’est dit intéressé et m’a demandé de lui proposer quelque chose. Je lui ai soumis un projet d’opéra sur le personnage de Nicolas Tesslat, l’inventeur entre autres de la radio, de la façon dont on s ‘éclaire aujourd’hui, il a également travaillé sur les automates, c’est une espèce de fou furieux. J’ai donc proposé un projet autour de ce personnage qu’on présenterait un peu comme le mythe de Promethée, mais contemporain. On a fait comme un trailer en octobre dernier à New-York on a pu jouer 20 minutes de ce que serait ce projet qui est prévu pour 2015 à New-York. Et on aimerait aussi le jouer à Paris.

Visuel : BabX au 5e étage des bureaux de sa maison de disques Cinq7 (c) yaël hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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