Théâtre
L’image, un Beckett printanier par Arthur Nauzyciel

L’image, un Beckett printanier par Arthur Nauzyciel

14 avril 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dernier volet du festival l’Étrange Cargo, « L’image » est une longue phrase de dix pages de Samuel Beckett.  Le directeur du CDN d’Orléans/Loiret/Centre choisit de mettre en scène le texte par trois approches, la musique, le théâtre et la danse pour un spectacle en trois volets inégaux.

Dans la salle de la Ménagerie de Verre transformée en prairie, un homme , face au sol, la tête dans l’herbe, occupe le centre de la scène. A ses côtés, deux jeunes femmes, sont dans l’attente, l’une munie de câbles reliés à des ordinateurs, l’autre debout, de dos.  La première étape du spectacle est une expérience sonore, alors que le texte défile, Mileece , vêtue d’une robe en verdure, munie de capteurs électroniques en feutre , anime des sons qu’elle a écrit dans  le langage de programmation supercollider . Elle compose en direct, provoquant une approche du texte par la sensation et le souffle. Elle travaille depuis longtemps déjà sur la relation des bio émissions des plantes qu’elle transforme en paysage sonore et l’effet produit est captivant

Dans un passage de relais, son assoupissement provoque le démarrage de la parole chez Lou Doillon, hésitante. Pour son premier travail théâtral elle s’affronte à un langage d’une difficulté prévisible. Samuel Beckett s’amuse avec les silences, provoque les cassures de rythme dans des textes qui toujours glissent dans l’absurde. L’image raconte l’histoire d’un homme qui au moment de sa mort se remémore une balade dans une nature luxuriante en compagnie de son amoureuse, les chiens jouant dans les prés.  Le texte ne possède aucune ponctuation, à part une majuscule au début et un point final.  C’est au comédien de le découper.  Lou Doillon y arrive un temps, portant le texte d’une voix juste et forte avant de s’écrouler perdue et apeurée.

Heureusement, sa phrase de délivrance « j’ai fait l’image. » permet au danseur Damien Jalet de se mettre en mouvement. Cet incroyable artiste qui a collaboré avec Wim Vandekeybus et récemment a co-dirigé Babel avec Sidi Larbi Cherkaoui et Antony Gormley , attaque une chorégraphie basée sur  les rebonds qui empruntent pas mal à la contorsion. Le dos s’arque à l’extrême, assis en quatrième, le danseur tourne par impulsions, les sauts sont puissants , les yeux exorbités. Il tourne en rond comme un chien enragé sentant la mort venir. Il danse jusqu’à l’épuisement, devenant une balle qui rebondit d’un bout à l’autre du plateau. Incroyable.

Ces trois approches et la scénographie opposant le vert de l’herbe a la lumière très blanche provoquée par des néons posés au sol donnent à la pièce un sentiment de rêve éveillé. Par le souffle présent dans les trois propositions, créateur de musique, parole et respiration, Nauzyciel offre une très belle représentation de  l’essence même du travail de Samuel Beckett,celui d’avoir créé une nouvelle langue en modifiant les scansions et la rythmique.

 

 

La Salle Gaveau se mobilise pour les sinistrés du Japon
Hip-hop : Chinese Man, Racing With the Sun : la quête de l’Esprit Zen continue !
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “L’image, un Beckett printanier par Arthur Nauzyciel”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


    Soutenez Toute La Culture