
L’étrange pinterien en une soirée d’excellence à l’Atelier
Le théâtre de l’Atelier a imaginé avec le metteur en scène Ludovic Lagarde, une soirée Pinter autour de deux pièces au sommet de l’étrange et du familier. Le plaisir est violent.
Ton amant vient aujourd’hui ?
Il est 19:00, les strapontins sauvent la jolie salle du théâtre de l’Atelier de la forte affluence. Le programme de cette soirée d’exception va s’articuler en deux temps, deux pièces de Pinter sur le couple. D’abord, L’amant, une plaisanterie faussement drôle, convulsivement amère qui aborde l’adultère comme une notion et qui parle, parle beaucoup. Une verbalisation qui nous enivre et qui sauvera peut-être un mariage. Valérie Dashwood est l’épouse, Laurent Poitrenaux le mari. Les deux comédiens restituent la tension et si le rire affleure, il se tient en repli, pendu aux lèvres des deux comédiens. Valérie Dashwood, formidable, crée cette femme qui, tout en finesse et en secrète délicatesse, domine la situation. Elle est merveilleuse dans ce silence des émotions alors même que les passions grondent. La comédienne nous fera cheminer au long de l’intrigue captivante ; nos esprits sont maintenus en éveil jusqu’à la chute qui est délicieuse.
Allo, comment non, c’est une erreur!
À 21:00, (il est possible d’assister aux deux pièces séparément) après un entracte d’une heure où l’on ira souper, le rideau se lève sur La Collection, une deuxième pièce en un acte du prix Nobel de littérature britannique. Pinter est le dramaturge des mots inutiles, des fausses évidences, des coupures et des décalages. Il possède ce besoin d’explorer le superflu et l’étrange. Rappelons que, ceci expliquant en partie cela, il connut une jeunesse, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, confrontée au chômage, à la misère et à l’antisémitisme, un contexte troublé qui a largement selon lui nourri sa vocation.
Mis en pièce, nous assisterons à un chic et banal adultère déguisé en comédie bourgeoise sauf que… Lorsque l’épouse (Valérie Dashwood) avoue avoir couché avec Bill (Micha Lescot), un jeune couturier rencontré lors d’une présentation de collection de haute couture, le mari (Laurent Poitrenaux) va harceler Bill au téléphone. Ce ne sera pas Bill qui répondra, mais Harry (Mathieu Amalric) qui dans un très élégant loft héberge le jeune Bill sorti de la quasi-délinquance.
Chez Pinter, les mots produisent peu ; la vérité jamais dite se confond avec le mensonge. De cette intrigue presque vide, nous ne connaitrons jamais la véritable teneur ni l’issue. Ce sera notre joie. Les comédiens habitent cet étrange et l’humour afférent. Mathieu Amalric et Micha Lescot sont délicieux de spirituelle nonchalance tandis que Laurent Poitrenaux joue un mari velléitaire, versatile, ridicule devant une Valérie Dashwood une fois de plus intense. Et parfois le pulsionnel émerge.
Le décor est somptueux ; la bande son finit de servir l’étrange et l’instinctuel. Emmené par Ludovic Lagarde (Voie royale, Ubu, L’avare) la troupe assure le spectacle. À ces talents, ajoutons Sophie Engel à la dramaturgie, Sébastien Michaud à la lumière et Antoine Vasseur à la scénographie. L’expérience spectateur est prégnante de beauté. La soirée est d’excellence.
LA COLLECTION / CYCLE HAROLD PINTER
L’AMANT / CYCLE HAROLD PINTER
L’Atelier Lien de réservation
Texte HAROLD PINTER
Traduction OLIVIER CADIOT
Mise en scène LUDOVIC LAGARDE
Avec : MATHIEU AMALRIC, VALÉRIE DASHWOOD, MICHA LESCOT, LAURENT POITRENAUX
Dramaturgie SOPHIE ENGEL
Lumière SÉBASTIEN MICHAUD
Scénographie ANTOINE VASSEUR
Collaboration à la scénographie ÉRIC DELPLA
Costumes MARIE LA ROCCA
Maquillages, perruques et masques CÉCILE KRETSCHMAR
Réalisation sonore DAVID BICHINDARITZ
Conception vidéo JÉRÔME TUNCER
Assistante à la mise en scène CÉLINE GAUDIER
Assistante à la traduction SOPHIE MCKEOWN
Assistante costumes PEGGY STURM
Stagiaire à la mise en scène LISA PAIRAULT
Couturière ARMELLE LUCAS
Assistante maquillage, perruques et masques MITYL BRIMEUR
Construction du décor ATELIER DU GRAND T – NANTES
Remerciements à toute l’équipe du TNB Avec le soutien de La maison De Fursac PRODUCTION : Théâtre National de Bretagne ; Compagnie Seconde nature. COPRODUCTION : La Comédie de Reims – CDN ; Le Grand R – Scène nationale de La Roche-sur-Yon.
LA COMPAGNIE SECONDE NATURE est conventionnée par le ministère de la Culture.
Crédit photo Pascal Gély