Théâtre

Les résultats des Molières 2010

26 avril 2010 | PAR Christophe Candoni

La 24ème nuit des Molières s’est déroulée hier soir à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil et a pu être suivie par les téléspectateurs de France 2 en direct. Cette cérémonie a d’abord été l’occasion d’une innovation plutôt plaisante : Jean-Luc Moreau a monté spécialement pour la soirée Feu la mère de madame, une courte  pièce de Feydeau, servie par des acteurs talentueux : la pétillante Emmanuelle Devos donnait la réplique à un Patrice Chesnais drôle et bougon.

Puis, Line Renaud, présidente d’honneur a été reçue par une salle debout lorsque les présentateurs Marie et Michel Drucker l’ont invitée à monter sur scène pour ouvrir la cérémonie.

Le palmarès a débuté par un accueil triomphal et une standing ovation à Laurent Terzieff venu chercher le Molière du comédien pour deux pièces : L’habilleur et Philoctète.
L’émotion est vive, sa joie reste humble face à cette récompense qui salue et conforte sa « recherche d’un théâtre qui s’efforce de refuser l’imposture intellectuelle et la facilité » a-t-il dit. Le premier spectacle a également remporté le Molière du Théâtre Privé tandis que nous avions applaudi la tragédie de Sophocle revue par Jean-Pierre Siméon au Théâtre de l’Odéon dans la mise en scène de Christian Schiaretti. Laurent Terzieff dit œuvrer pour la mixité d’un certain théâtre privé et des aides publics, puis, il ajoute « le théâtre ne se laisse pas enfermer dans des clivages ou des étiquettes, le théâtre est un projet de liberté » Bravo à cette immense acteur! On reprendra ces paroles au compte de Dominique Blanc, Molière de la comédienne pour La Douleur de Marguerite Duras, une pièce montée par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang dans le théâtre subventionné les Amandiers à Nanterre puis repris au Théâtre privé de l’Atelier.

Plusieurs des grands succès, critique et public du théâtre privé étaient en compétition ce soir : ils se sont partagés les récompenses de façon égale : deux trophées pour Les 39 marches (les Molières de l’adaptation et du spectacle comique), pareil pour La Serva amorosa (Claire Nadeau a reçue le Molière de la comédienne dans un second rôle et Catherine Bluwal celui du décor), et encore pour La Nuit des rois partant grand favori avec six nominations, il remporte le Molière du comédien dans un second rôle pour Henri Courseaux et un Molière pour ses lumières. Eric Assous reçoit lui le Molière de l’auteur pour L’Illusion conjugale et Jean-Paul Farré a eu le Molière du Théâtre musical pour Les douze pianos d’Hercule.

Côté théâtre public, la mise en scène de La cerisaie par Alain Françon a été distinguée. Celui-ci quittait sa place de directeur du Théâtre de la Colline avec cette pièce et a eu une pensée émue pour Jean-Paul Roussillon décédé qui y jouait Firs, son dernier rôle. Si Ariane Mnouchkine avait quand à elle boudé les Molières en choisissant de se retirer de la catégorie « metteurs en scène », sa création Les Naufragés du fol espoir a remporté deux statues : le Molière du Théâtre public et celui des costumes. C’est bien-sûr en troupe que le Théâtre du soleil est venu chercher ses récompenses. Les acteurs de Joël Pommerat ont reçu le Molière de la compagnie pour Cercles/Fiction », un beau prix puisqu’il récompense toute l’équipe artistique.

Les révélations ont été attribuées à la jeune comédienne Alice Belaïdi pour Confidences à Allah et à Guillaume Gallienne, le génial sociétaire de la Comédie-Française a reçu ce titre pour son spectacle Les garçons et Guillaume à table ! dont nous reparlerons bientôt. Enfin, le Molière du jeune public a été décerné à Olivier Letellier pour « Oh ! Boy ! »

La soirée a été ponctuée par quelques interventions : l’inénarrable Michel Galabru a rendu hommage à Jean Anouilh. Plus politique fut l’intervention du comédien Nicolas Bouchaud qui a interpellé Frédéric Mitterrand au nom des intermittents du spectacle, pour dénoncer la « mise à mal des droits sociaux » qui touche aussi et surtout le domaine artistique à cause de la réforme des collectivités territoriales et de la suppression de la taxe professionnelle. Il a annoncé une journée d’action le 6 mai. Le ministre de la culture a « curieusement » exprimé son désaccord avec les propos du comédien sous les sifflets de l’assistance et a rappelé que les portes de son bureau sont toujours ouvertes.

Voici des liens vers les critiques publiées sur notre magazine culturel « la boîte à sorties » :

« Philoctète « : http://toutelaculture.com/2009/10/terzieff-heros-blesse-et-solitaire/

« L’habilleur »: http://toutelaculture.com/2009/05/place-n22-un-poignant-coup-de-coeur-pour-l%E2%80%99habilleur/

Dvd : Canine ou la cruauté de l’enfermement
Sortie ciné : Lola de Brillante Mendoza
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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