Théâtre
L’enfant, figure contemporaine du spectacle vivant

L’enfant, figure contemporaine du spectacle vivant

28 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quoi de plus innocent qu’un enfant ? Dans une tendance qui navigue entre vintage et angoisse, le « c’était mieux avant » et la procrastination nous font regarder derrière nous et logiquement vers ces années insolentes où le temps n’avait pas de valeur. Les metteurs en scène contemporains ont pris en charge cette question pour en faire le thème récurent de nombreux spectacles au point que l’édition 2011 du festival d’Avignon l’a choisit comme fil conducteur.

Des enfants sur scène

En ouverture du festival, l’artiste associé Boris Charmatz hérite de la prestigieuse cour d’honneur pour y monter « Enfant » écrit au singulier, jeté comme un concept. Boris Charmatz raconte que le terme appelle aujourd’hui des moments d’angoisse tel la pédophilie, le travail forcé, la maltraitance. Mais l’enfance c’est aussi la joie, la fragilité, l’avenir. Sur scène les enfants malmenés vont peu à peu prendre le pouvoir. L’enfant puissant c’est aussi, en apparence seulement, la conclusion du spectacle attaqué de Roméo Castellucci. Dans sa version avignonaise, des enfants venaient canarder le visage du Christ. Il s’agit d’une métaphore, celle de l’enfant qui se croit plus fort que Dieu mais qui malgré sa force et sa haine est rattrapé, et finit par se vider de lui même jusqu’à la mort. Chez Angélica Liddell dans « Maudit soit l’homme », un groupe de jeunes filles déguisées évolue gentiment, elles sautent, dansent devant et autour d’arbres peints sur une version française de la célèbre chanson « Porque te vas ». L’ambiance récréative et le plaisir du jeu propre à l’enfance rappelle une kermesse d’école. La simple scénographie évoque aussi une sorte de jardin d’Eden, un paradis perdu bientôt souillé par des corps morts de lapins qu’Angélica Liddell et ses partenaires tirent par les oreilles pointues. Un cadavre humain tombe des cintres, des cannettes métalliques jonchées sur le sol sont jetées rageusement contre les murs avec un besoin viscéral de saccage. A la fin, ce n’est plus qu’un cimetière d’animaux empaillés et de corps nus ensanglantés. Cet espace de conte de fée devient celui de la condamnation de l’innocence, de l’enfance bafouée. C’est tout le sujet d’Angélica Liddell qui produit un discours cru, chaotique, désorganisé pour interpeller sur la brutalité et la barbarie du monde.

Au théâtre, la présence enfantine créée souvent un malaise. Charmatz a raison, la figure enfantine n’appelle plus des images douces.

L’enfance comme sujet

Mais, quand l’enfant est absent, la note se fait plus légère. Deux postures sont possibles, la première, vient orchestrer un retour à l’enfance. C’est la cas pour Quartier lointain, qui racontait récemment au théâtre Monfort l’histoire de Hiroshi Nakahara à 48 ans, architecte. Un jour, alors qu’il a définitivement trop picolé la veille, il se trompe de direction en voulant rentrer chez lui et part dans le passé. Il a maintenant sa conscience d’homme dans un corps d’ado. Le voilà 40 ans plus tôt ; l’année où son père a décidé de les quitter. Là, la pièce vient apporter une réflexion douce sur les origines et sur la bienveillance à avoir, une fois grand, sur les décisions des parents.

Jeux d’enfants pour pièces d’adultes.

Chez Sophie Perez et Xaviez Boussiron comme chez Vincent Macaigne, les objets enfantins sont détournés de leur mission première. Dans Oncle Gourdin, le conte de fée devient une histoire d’ogres voulant faire du théâtre. Dans Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, le château du club de la plage de notre enfance devient une scène de crime. Reste une certaine nostalgie à employer ces éléments vecteurs d’images ancrées en nous.

Dans un mouvement régressif, l’enfant est un personnage récurent des plateaux, qu’il soit sur scène, évoqué où que son monde soit utilisé. « Se tenir debout pour traverser les bonheurs et les catastrophes, grandir, se mettre en mouvement, entrer en résistance face aux tentations réactionnaires ou démagogiques, de façon intime ou dans une dynamique collective, ce sera, nous le souhaitons, l’énergie de cette édition » signaient Hortense Archambault et Vincent Baudriller, directeurs, à Avignon, le 19 avril 2011. Dans un monde angoissant, un nécessaire retour aux origines semble urgent pour tous les artistes. Ce n’est pas Steven Cohen qui nous fera mentir, lui qui est sur scène avec sa nourrice pour un spectacle sur le berceau de l’humanité. Le spectacle regarde ses racines et ses entrailles pour tenter de s’armer contre un univers qui semble hostile à tous. Le pessimisme est donc de rigueur, triste constat.

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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