Théâtre

Le vicaire écrit par Rolf Hochhuth au Théâtre 14

Le vicaire écrit par Rolf Hochhuth au Théâtre 14

14 novembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Pièce virulente à l’égard de l’attitude du pape Pie XII pedant la Seconde Guerre mondiale, « Le vicaire » est l’œuvre la plus connue de Rolf Hochhuth. Sa création à Berlin,  en 1963, avait lancé un grand débat  sur l’attitude de l’Église face à la destruction des juifs d’Europe par les nazis. C’est de cette pièce que s’est inspiré Costa-Gavras en 2002 pour le film -également très polémique- « Amen ».  Jusqu’au 31 décembre, Jean-Paul Tribout propose une nouvelle version de cette pièce politique et sulfureuse.

Qui doit-on croire ? L’homme en blanc (le pape) ou l’homme en noir (le faux nazi) ? L’auteur ou l’Histoire ? Quelles libertés l’auteur a t’il prises à partir des éléments qu’il avait en sa possession ? Quelle part de vérité y a-t-il dans son discours ?
Cette pièce est basée sur l’histoire vraie d’un résistant allemand, Kurt Gerstein, pendant la seconde Guerre Mondiale, qui s’était infiltré dans les nazis et qui, avec l’aide du secrétaire du Vatican, Ricardo Fontana, a tenté de convaincre le pape Pie XII d’intervenir pour empêcher les nazis d’exterminer les juifs. Mais le pape va refuser, par crainte d’Hitler et du fait que Staline risquait de prendre sa place, pensait-il.
Rolf Hochhuth est un auteur allemand qui a toujours suscité la polémique et même fait scandale à plusieurs reprises. Sa pièce « Le Vicaire, une tragédie chrétienne » a été écrite en 1963 et fut son œuvre la plus discutée mais la pièce suivante du dramaturge, « Soldats, Nécrologie de Genève » (1967) accusant Winston Churchill de la mort du premier ministre polonais Wladyslaw Sikorski, lors du crash de son avion en 1943, est également sujet à une forte controverse ainsi que son attitude de défense du négationniste David Irving.
Nous sommes face à un drame poignant dont l’intensité nous submerge. Nous avons le sentiment de revivre l’Histoire au travers de ce huit clos presque étouffant. La lumière de Philippe Lacombe est spectrale. Le rouge du Vatican laisse place ici au noir et blanc, qui vient symboliser le Bien et le Mal. Les deux se mêlent ici dans un clair-obscur permanent, créant des zones d’ombres chez tous les personnages. Le décor très dépouillé convient, de par sa noirceur et la tristesse qu’il dégage, aux actions entreprises avec l’énergie du désespoir par les rares voix qui osent dire tout haut qu’elles veulent mettre fin à l’horreur du massacre des juifs. Hélas, la seule voix qui aurait pu se faire entendre avec succès : celle du pape ne se fait pas entendre. Nous attendons les trois quart de la pièce avant de voir ce personnage central de l’intrigue faire son apparition. Celle-ci est si attendue qu’un vif mouvement s’est produit dans le public lorsqu’il est entré sur scène. Emmanuel Dechartre livre une interprétation sensationnelle de ce rôle, nous en venons très vite à haïr et mépriser son personnage tant il se lave les mains de la situation, qu’il se borne à considérer d’un œil politique et non d’un œil humain. Mais la pièce repose sur les épaules des deux personnages centraux, véritables héros : Richard Fontana, le jeune secrétaire de la papauté, remarquablement joué par Mathieu Bisson, il est le personnage innocent de la pièce, le pur dont l’optimisme et la foi vont être balayés par l’horreur des révélations dont il va avoir connaissance et Kurt Gerstein, superbement joué par Eric Herson-Macarel, qui est le personnage le plus torturé de la pièce, celui qui doit en permanence jouer double jeu : porter un habit de nazi tout en étant tout autre à l’intérieur. Ce personnage bouillonnant est fascinant, il est au cœur de l’intrigue, il en est la raison d’être et nous sommes suspendus à ses lèvres. Pour tous ceux qui n’ont pas vu le film Amen de Costa-Gavras qui traite de la même question, cette pièce est aussi une révélation : si nous connaissons tous les faits historiques, certains détails nous étaient méconnus en particulier la participation des deux personnages centraux de la pièce : Ricardo Fontana et Kurt Gerstein à l’Histoire. Cette pièce est passionnante, elle suscite la polémique la plus complète, il est avéré, d’une part, que le pape n’a pas pris la parole publiquement en faveur des juifs mais, d’autre part, il a aidé à en sauver des milliers par une résistance de l’ombre. Par conséquent, tant que les archives du Vatican ne seront pas ouvertes, il est impossible de trancher sur le rôle exact qu’il a tenu dans l’Histoire. Cette pièce de théâtre est un des principaux textes qui lance la polémique sur cette question. Une nouvelle fois, l’art est politique.

«Le Vicaire » de Rolf Hochhuth, traduit de l’allemand par F.Martin et J.Amsler, publié aux éditions du Seuil, adaptation et mise en scène de Jean-Paul Tribout, assistant Xavier Simonin, décors et accessoires : Amélie Tribout, lumières : Philippe Lacombe, costumes : Aurore Popineau .Avec Claude Aufare (le Cardinal), Mathieu Bisson (Richard Fontana), Emmanuel Dechartre (le pape), Eric Herson-Macarel (Kurt Gerstein), Laurent Richard (Le Nonce), Xavier Simonin (Jacobson le père Général) et Jean-Paul Tribout (Fontana père) – Durée du spectacle : 1h45.


Visuels : Photo Lot

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Sandrine et Igor Weislinger

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