Théâtre

Le sommeil délivré, les mots d’Andrée Chedid subjuguent Avignon

Le sommeil délivré, les mots d’Andrée Chedid subjuguent Avignon

25 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Fin de festival, tout le monde rame, les professionnels, les compagnies, les spectateurs. La canicule puis le mistral puis la canicule ont eu raison de l’entrain de chacun. A trois jours de la fin, il se passe un miracle. Au hasard du calendrier on se glisse dans la petite salle du Bourg Neuf pour entendre « Le sommeil délivré », un texte poignant d’Andrée Chédid, admirablement servi par Xavier Guittet et Pascale Siméon.

Un plateau rempli de sable, deux comédiens habillés en lin et les pieds nus dans la terre ocre. Trois meubles disent la maison : un banc, une chaise, un tabouret, les trois objets ont des angles rugueux, pas très confortable comme accueil. Elle vient s’assoir, lui debout raconte l’histoire d’une village au bord du Nil dans un temps archaïque qui n’est pas si lointain. Le temps d’avant les antibiotiques. Une femme hurle, elle s’appelle Rachida, sa belle-sœur Samia vient de tuer son frère, le Bey du bourg, Boutros.

Il a un nom rond et sévère comme un ours et c’est ce que la brute est. A 45 ans, il bénéficie d’un mariage forcé avec Samia 15 ans. Il n’aura que du mépris pour elle qui tarde à avoir des enfants, qui aime les chants et se promener. On aimerait situer l’histoire de ce monde à la misogynie dévorante dans le passé, mais les images décrites ici de femmes criant « pour se donner de l’importance », demandant à leur mari l’autorisation de sortir, des femmes se « soumettant à l’ennui », d’hommes pouvant répudier une épouse parce que stérile en « la jetant à la rue ».

Les comédiens racontent, elle joue Samia, lui Boutros et le récitant. Elle pleure en jouant, lui passe d’un narrateur agréable à un bourreau dont on veut la mort. Le texte est d’une beauté incroyable empli d’images toutes plus belles et plus fortes les unes que les autres sur une société bouffée par la religion et le patriarcat.

Étonnamment, dans l’enfermement viennent des havres de liberté, on découvre comment Samia fréquente tout de même une enfant et un aveugle clairvoyant dans le dos de Boutros.

La lumière, légère comme un soleil couchant est parfois accompagnée de douces notes de musique orientale. Ici, tout est fait pour déployer le talent des interprètes et faire entendre un texte sans aucune fausse note.

Aussi violent, poignant que beau. Indispensable.

Visuel (c) crédit Regis Nardoux

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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