Théâtre

Le roi de la tour du Grand horloge nous invite à la fête à l’Etoile du Nord

21 juillet 2010 | PAR La Rédaction

Par Avela Guilloux

Dans le cadre du festival « ON arrête pas le théâtre » à l’Etoile du Nord, Eram Sobhani met en scène l’œuvre du poète irlandais W.B.YEATS.

On a dès l’entrée le sentiment que ça ne va pas se passer comme d’habitude. Les spectateurs sont invités à rejoindre les comédiens sur le plateau, à s’asseoir sur les bancs disposés en carré. On leur distribue des roses blanches. Une sorte de rituel va commencer, et nous sommes invités à y participer. C’est d’ailleurs dans le public que la reine va chercher son roi. Tout le monde s’installe, de part et d’autre du plateau, on peut commencer.

Une légende nous est contée. Celle du « roi de la tour du grand horloge », qui a choisi pour reine la plus belle des femmes. Celle-ci demeure depuis un an immobile et muette. Au moment où l’année se termine, un vagabond s’invite chez le roi et s’adonne à une prophétie : la reine va danser pour lui, il chantera pour elle, et, de reconnaissance elle baisera sa bouche. Le roi le condamne et demande sa tête en preuve de sa mort, mais la reine se met à danser …et la tête se met à chanter. Quand le Grand horloge sonne minuit, leurs bouches se rejoignent.

La mise en scène d’une très belle précision d’Eram Sobahni met grandement en valeur le texte de Yeats. Très peu de décors, quelques éléments de costumes permettant d’identifier les différents personnages, on a pas besoin de plus ! On ressent très vite la profondeur du texte, porté par une équipe remarquablement investie. La proximité avec le public permet aux comédiens de très belles variations vocales , scandant, chantant, chuchotant les vers du poète, en français et en anglais. On entend les images magnifiques de ce texte pourtant réputé ardu.

C’st un théâtre de sensations, de proximité. Pas de fausse pudeur ici, les comédiens nous livrent leurs âmes, et nous touchent au propre comme au figuré. Le duo Roi et vagabond, interprété par Vincent brunol et Miglen Mirtchev fonctionne à merveille, tout en lutte de pouvoir. Sophie Sire est sublime en reine pâle et fantomatique, lancée dans une danse à la fois désincarnée et bouillonnante de vie. Quand à Stephane Auvray – Nauroy et Olav Benestvedt, qui incarnent les deux serviteurs, leurs voix et leurs présences discrètes sont un véritable appui pour le spectateur. Ils sont à la fois témoins et acteurs du drame qui se joue devant eux, comme nous.

Le tout est accompagné d’une belle partition musicale, composée et interprétée par Yuta Masuda, qui sait se faire discrète quand il le faut, au service du texte. Les lumières de Julien K
osellek et Xavier Hollebecq, elles aussi tout en simplicité et humilité, renforcent cette impression de rituel, de mysticité…

On ressort un peu abasourdi, on se demande un peu ce qui s’est passé, ce qu’on a entendu, vu, senti. La pièce a touché au plus profond, à la relation que chacun d’entre nous a avec la mort, avec ses morts, avec le cycle de la vie. Et on y pense pendant longtemps. Le festival « On n’arrête pas le théâtre » n’a pas fini de nous surprendre. Ici, on fait du théâtre, mais on s’interroge aussi sur pourquoi on le fait, ce qu’on tend à éveiller, ce qu’on décide de raconter, ce dont on veut se souvenir.

Jusqu’au 25 juillet, 19H30, Etoile du Nord, 16, rue Georgette Agutte – 75018 Paris
Tél : 01 42 26 47 47 – Fax : 01 42 26 63 98, métro Guy MôquetTarif plein 14 € – Tarif réduit * 10 € – Tarif jeune (-30 ans) 8 € – PASS tous spectacles, illimité 24 € (Tarif unique) –

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