Théâtre
« Le OFF est le festival de tous les superlatifs »

« Le OFF est le festival de tous les superlatifs »

29 juillet 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Le off est le festival de tous les superlatifs » sont les mots sur lesquels s’est clôt l’édition 2011. Si des merveilles comme « Life:Reset », « Sortir de sa mère » ou encore « Bienvenue O kwatt », ont eu un succès bien mérité, les conditions d’accès à la gloire laissent à désirer.

« Il est temps de tirer la leçon de ces chiffres chaque année en hausse. Le OFF n’est pas une foire et c’est davantage qu’un marché du théâtre : c’est un phénomène de société. Quarante-cinq ans après le geste fondateur d’André Benedetto, le OFF a démontré qu’il répond à une irrésistible nécessité. Traversant crises et métamorphoses, cet évènement en évolution constante capable de réunir plus de 7000 membres d’équipes artistiques de toutes disciplines, et de générer chaque jour plusieurs dizaines de milliers d’entrées, ne peut puiser sa vitalité qu’à des sources très profondes. Il pose directement la question de la relation entre les populations de notre pays, les spectacles qui les représentent, les imaginaires qui les traversent, les créateurs qui leur donnent incarnation. Par suite de cette proximité entre la société « ordinaire » et les artistes, le OFF, est devenu le plus important festival de création contemporaine, et aussi un lieu de libres débats, où le public vient s’exprimer, au risque de la maladresse, et non pour recevoir passivement une parole magistrale.

Ce public est en constante augmentation. Cette année 48.000 cartes OFF ont été vendues, soit exactement 20% de plus que l’année dernière. Selon nos enquêtes, ces abonnés restent 4 jours et voient 4 pièces par jour. Cela donne 120.000 entrées de plus cette année. »

Le Off d’Avignon fait la part belle aux taux d’audience sans jamais évoquer les compagnies. « Qui veut vient » affirme Vincent Baudriller, le co-directeur du « In » jetant un regard méprisant sur le « Off ». Qui peut vient doit-on rajouter. Les théâtres parfois de fortune louent leurs créneaux horaires jusqu’à 1 5000 euros de l’heure, les décors arrivent cassés après avoir traversé le pays dans les coffres sous-loués des routiers, les tracts imprimés se montent à 2 000000 , soit l’équivalent de 12500 arbres coupés sans que la question de l’empreinte écologique soit sérieusement posée.

Alors, bien sûr, des efforts sont faits, le Jury du Fonds de soutien à la diffusion choisit de soutenir 10 compagnies recevant chacune la somme de 4 000 €. Mais quand est-il des compagnies qui quittent Avignon exsangues? Quand est-il de la jungle du plus offrant surreprésentant les comédies vulgaires au mépris de la jeune création, qui, à l’exception de lieux comme le théâtre de la Manufacture, le théâtre des Halles ou le chêne noir, peine à percer?

Le Off d’Avignon se réjouit d’un évènement dont il n’est pas responsable. En s’enfermant dans une logique d’audience, « Le plus grand théâtre du monde » du regretté André Benedetto serait-il devenu le TF1 du théâtre ? Il serait temps que le Festival Off devienne mature, et mesure son succès selon des critères plus responsables, qui ne l’entraîne pas loin des motivations de sa genèse.

Les critères du succès du festival off doivent englober les problèmes structurels qui dépassent de loin les frêles épaules d’une compagnie de théâtre. C’est bien au Festival Off qu’il appartient de penser le transport, le logement, d’affronter ces questions, d’anticiper les problèmes : accords avec des imprimeurs locaux, réservations de résidences étudiantes vides en juillet, conclusion de contrats avec des transporteurs etc.

Il est peut-être temps que l’organisation du Off dépasse son statut de Gentil Organisateur, et prenne conscience de sa responsabilité sociale et environnementale, face aux compagnies, à la ville d’Avignon et à l’environnement.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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