Théâtre

Le journal d’un fou de Nicolas Gogol au théâtre

Le journal d’un fou de Nicolas Gogol au théâtre

29 janvier 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Un homme sombre dans le désespoir lorsqu’il réalise que sa situation financière et professionnelle ainsi que son apparence ne lui permettront pas d’obtenir celle qu’il aime. Le chagrin le fait divaguer et le conduit petit à petit dans un abîme sans fond où il s’imagine devenu l’homme le plus puissant et le plus important qui soit.

La mise en scène de Wally Bajeux se concentre sur chaque détail. Toutes les mimiques du personnage sont mûrement étudiées, chaque geste qu’il fait a été élaboré pour retenir l’attention du public et constitue une pièce du puzzle que devient la folie du personnage. L’idée de faire jouer l’acteur avec un violon marche à la perfection: sa musique dégage poésie, tristesse, mélancolie, grandeur et décadence. Elle nous immerge encore plus dans cette œuvre intemporelle: la misère des hommes est à toutes époques et en tout pays la même.

Avec peu de moyens, le texte est mis en valeur et nous rentrons dedans avec fascination, nous laissant prendre au jeu bien que nous connaissions fort bien l’histoire. C’est l’interprétation extraordinaire de Syrus Shahidi, littéralement habité par le personnage, qui nous captive, tant et si bien que nous ne pouvons détacher les yeux de lui. Sa performance tant physique, gestuelle, vocale, tantôt comique, tantôt dramatique, parfois pathétique, souvent hystérique nous laisse bouche bée d’admiration. Nous sommes complètement emportés par la folie du personnage qui donne une impression de naturel saisissante et effrayante, tant il semble aisé de glisser d’une pensée rationnelle à une autre qui l’est un peu moins suivie d’une autre qui l’est encore moins et ainsi de suite. Chute terrible et grandiose qui a en même temps le paradoxe d’être une remarquable élévation de l’esprit et  un appel à la réflexion quant à qui nous entoure, à la hiérarchie sociale, à la main mise de l’argent sur nos vies et à notre rapport aux choses…Un texte qui, bien qu’écrit en 1835, n’a rien perdu de sa fraîcheur tant il est vrai que, de tous temps, l’esprit humain ne change guère et les rapports sociaux non plus.

Nous retrouvons dans cette nouvelle des thèmes chers à l’auteur qui s’inspirait beaucoup de sa propre vie et de l’ humble condition qui fut un temps la sienne dans l’administration pour dépeindre ses personnages. Ainsi, le narrateur du « Journal d’un fou » est une figure de l’auteur, nous le voyons également à cette obsession récurrente chez lui qui concerne son nez, qui était il faut bien le dire, au vu des portraits de lui qui ont été laissés à la postérité, assez protubérant.

 

Bien fous seriez vous de rater un tel chef d’œuvre dont la beauté du texte n’a d’égale que la brillance de l’interprétation, une parfaite alchimie.

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Sandrine et Igor Weislinger

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