Théâtre

Le chagrin des ogres: la révélation Fabrice Murgia

20 juillet 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dire que Fabrice Murgia est jeune, ça fait vieux con, alors, disons qu’autant de talent à 26 ans n’est pas si fréquent. Pour sa première pièce « le chagrin des ogres», il réussit un coup de maître. A titre parfait, texte royal, mise en scène époustouflante. Une heure d’une violence rare sur la jeunesse perdue, sur l’instant du basculement. C’est une révélation absolue qui se joue quasiment à guichet complet. A découvrir dans une fureur de vivre à l’excellent théâtre « La Manufacture ».

Accueilli par un son et une voix étrange le public découvre une petite fille déguisée en mariée. Oubliez les images de dessins animés, Dolores a tout l’air d’une revenante, prête à nous raconter des petites histoires de morts sur sa balançoire. En fond de scène deux cages en verre apparaissent. La première renferme Laetitia. Enfermée dans son lit d’hôpital, elle rêve qu’elle est Natasha Kampusch, prête à échapper à son ravisseur. De l’autre coté, Bastian, 17 ans, 2 ans de plus que ses cousins, n’en peut plus, de ses parents, de l’école, de la vie, au point de réaliser, dans sa bulle virtuelle une fusillade bien réelle dans son école. La  petite fille entachée de sang est là pour ramener les ados à l’enfance, mais il est bien trop tard,  elle est déjà morte.

La scénographie extrêmement contemporaine mixe projections vidéos, vidéos live, bande son démente et lumière bleue. Dans cet univers onirique trash, Fabrice Murgia vient appuyer sur la douleur adolescente qui pousse à des actes dramatiques et à première vue incompréhensibles. Les comédiens sont parfaits en ados très en crise. Si l’idée de filmer live est la chasse gardée de Warlikowski et Cassier, Murgia reprend très intelligemment  le procédé pour donner à son spectacle un accent film d’horreur flippant et drôle à la fois. Le tout sert à parler à l’âme d’enfant de chaque spectateur, appuyer sur le souvenir du passage à l’adolescence.

Il s’agit d’une pièce coup poing, une totale révélation. Avec ce texte et cette mise en scène Fabrice Murgia entre dans la cour des très grands. Le Off  avait vu dans ses théâtres démarrer Olivier Py qui vient justement de révèler Le Chagrin des Ogres en l’honorant d’un prix lors du festival Impatiences récompensant à l’Odéon la jeune création. Nous lui souhaitons une route aussi belle que celle du directeur du théâtre de l’Europe.

La Manufacture Patinoire, 14H40, tarif : 17€ , tarif carte off : 12€ ,tarif enfant : 6€,  +33 (0)4 90 85 12 71

Extrait:

« Mesdames et Messieurs, bonsoir. Ce soir, ne cherchez surtout pas à distinguer le vrai du faux. Quoi qu’il arrive ce soir, retenez juste que tout cela est réel. Je suis réelle. Je suis réelle parce que tout ce qui peut être imaginé est réel. Je suis réelle,comme un cauchemar peut être réel. Un cauchemar en commun. Un cauchemar que n’importe lequel d’entre nous écrit, ou aurait pu écrire un jour de sa vie. »

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

7 thoughts on “Le chagrin des ogres: la révélation Fabrice Murgia”

Commentaire(s)

  • biausser

    Vu « Le Chagrin des Ogres » le 25 à la Patinoire (à la suite d’une critique à la radio): éblouissant! Nous en avons parlé partout et nous espérons que ce spectacle merveilleux quant au fond et à la forme, aux actrices et acteur de talent (les voix et le jeu incroyables de Dolores!!)va « tourner » dans toute l’Europe.
    Nous sommes revenus du Off hier hélas! et « Le chagrin » restera LE spectacle de cette année bien que nous ayons vu beaucoup de choses de qualité.
    Merci.
    Jean-Pierre & Co à Marseille

    juillet 28, 2010 at 9 h 46 min
  • Philomène

    Je suis allée jeudi soir voir cette pièce avec ma classe au théâtre d’Annecy. On peut dire que toute la classe a été bouleversée. Deux jours après, on en parle encore. Et moi qui croyais qu’on allait s’ennuyer à mourir ! Belle réussite, bravo au metteur en scène et aux acteurs !

    octobre 20, 2012 at 11 h 01 min

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