Théâtre

Le Bourgeois gentilhomme, Denis Podalydès fait revivre la comédie-ballet

30 juin 2012 | PAR Olivia Leboyer

Légèrement déroutante, l’affiche nous aiguille directement sur le lieu, l’espace que Denis Podalydès et sa troupe se réapproprient ici, aux Bouffes du Nord.

Des voies ferrées, pour autant de croisements subtils entre tradition et modernité. Denis Podalydès a choisi de revenir à l’essence du théâtre de Molière, en montant une véritable comédie-ballet, avec de longs passages dansés et chantés. La musique est de Lully (avec également des morceaux de Lalande, Couperin, Telemann) : on prend le temps de la découvrir et de l’entendre, soudainement plongés dans l’époque de Molière. Forcément, cette pièce bien connue est plus longue qu’à l’accoutumée. Précisément, nous nous trouvons embarqués dans l’extraordinaire rythme comique de Molière, avec ses rebondissements, ses répliques irrésistibles, ses personnages aussi ridicules qu’attachants et sa merveilleuse fluidité. Car, chez Molière, il y a toujours ce moment, génial, où la mécanique s’emballe, de manière folle, débridée. La scène du grand Mamamouchi est un sommet comique, que Denis Podalydès parvient à rendre plus drôle encore que prévu : les déguisements du fils du grand turc et du truchement, le rituel d’intronisation de Monsieur Jourdain en Mamamouchi sont surprenants et extrêmement réussis. La folie enthousiaste de Monsieur Jourdain, d’abord sidérante puis communicative, gagne en ampleur, pour culminer dans un final époustouflant. Ridicule, vaniteux, Monsieur Jourdain possède aussi l’émerveillement de l’enfant découvrant enfin « les belles choses » : dans le rôle, Pascal Rénéric est excellent, hilarant et touchant tout à la fois. Pouffant de rire, roulant des yeux, grimaçant, se dandinant, il est ce corps grotesque, modelable, attifé d’habits improbables (magnifiques costumes de Christian Lacroix !), qui dissimule le désir enfantin, désordonné, d’accéder au savoir et aux hautes sphères. Autour de lui, les vautours s’empressent pour le servir, le flatter et lui prendre le plus d’argent possible. Seule sa femme (Isabelle Candelier, parfaite, qui joue également dans Adieu Berthe, l’enterrement de mémé), sa bonne Nicole, le gentil Cléonte (Thibault Vinçon, que l’on avait notamment adoré dans Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu) et son valet Covielle gardent les pieds sur terre et l’imagination suffisamment folle pour reprendre le contrôle sur Monsieur Jourdain ! La beauté de la pièce tient à l’extraordinaire folie de Monsieur Jourdain, démesurée, hallucinée et qui s’empare, progressivement, de tous les personnages.

Un magnifique spectacle, total et réjouissant, à voir absolument !

Le Bourgeois gentilhomme, aux Bouffes du Nord du 19 juin au 21 juillet, comédie-ballet de Molière sur une musique de Lully ; mise en scène Denis Podalydès ; direction musicale Christophe Coin ; 2h50 ; avec Pascal Rénéric, Julien Campani, Isabelle Candelier, Manon Combes, Manuel Le Lièvre, Alexandre Steiger, Thibault Vinçon, Bénédicte Guilbert, etc.

Deuxième génération, la BD autobiographique émouvante de Michel Kichka
indice 1
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

2 thoughts on “Le Bourgeois gentilhomme, Denis Podalydès fait revivre la comédie-ballet”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *