Théâtre
Le 11 septembre se met en scène

Le 11 septembre se met en scène

11 septembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Evénement au Théâtre de la Ville. Pour une rentrée, c’est un coup de maître. Pour deux jours seulement, Arnaud Meunier met en scène 44 lycéens venant de trois établissements de Seine Saint Denis. Pendant une heure, ils témoignent avec les mots de Michel Vinaver dans un décor échafaudage rouge. Ils sont tour à tour les passagers des avions, les terroristes, les travailleurs. La représentation a été ponctuée d’une standing ovation, ce n’est pas si fréquent au Théâtre de la Ville. A l’occasion de notre dossier 11 septembre, nous nous interrogeons sur la place de cet événement sur les planches.

Au Théâtre de la Ville, le hall est tapissé de dessins extraits de l’ouvrage 12 septembre-l’Amerique d’après coédité par Casterman et Radio France. Il s’agit pour le lecteur et le spectateur de découvrir les regards croisés de deux dessinateurs, Plantu et Daryl Cagle, sur l’après 11/09. Même les chaises ont été customisées pour l’occasion.

Sur scène, 44 amateurs et cinq comédiens professionnels. Ces amateurs là ont du niveau, si la voix hésite elle ne fourche pas, ne bafouille pas. Pendant une année, ils ont travaillé, répété. Leurs parents viendront les voir, aucun avant ce jour n’avait mis les pied au théâtre. Arnaud Meunier revendique un spectacle militant : lutter contre les stéorotypes, de ces gamins sur les USA et des parisiens sur les populations de Seine Saint Denis, et aussi, faire venir au théâtre un autre public.

Sur scène, Ils vont d’abord être les passagers des avions, puis ceux qui travaillaient dans les tours. Ils seront aussi les kamikazes, l’armée américaine, les talibans et des majorettes. Pour cette pièce chorale finissant en comédie musicale, Michel Vinaver a choisi Bach pour commencer, pour monter en émotion. Le spectacle se place clairement dans le champs du commémoratif. Il s’agit de faire entendre des témoignages, des actes qui ont, pour certains permis de voir leur vie sauve. Tel ce laveur de vitre ici élevé au rang d’ange gardien, qui, à l’aide d’un vieux balai a réussi à casser une vitre permettant à ceux, bloqués dans un ascenseur ici dessiné par un carré de lumière, de sortir exactement cinq minutes avant que la tour s’effondre.
Le cynisme, l’ironie et le hasard sont perpétuellement présents. Pourquoi celui- ci a refusé de suivre l’ordre lui demandant de reprendre son poste alors que le premier avion avait percuté la première tour, pourquoi celle-ci a t-elle cédée à la pression de son mari la suppliant de rester,pour une fois, à la maison pour se reposer. Pourquoi, au contraire, lui n’est pas descendu à temps. Pourquoi, celle-ci a-t-elle été projetée de sa chaise au 78e étage ?
A l’image d’une cérémonie mémorielle, les victimes sont nommées, elles se présentent même. Dans un procédé de mise en scène assez fort, nous ne pouvons jamais savoir si Arnaud Meunier fait parler les morts ou les vivants.
L’espace est utilisé à merveille, une structure métallique, tel un décombre de tour, permet aux comédiens de circuler en utilisant passerelle et escalier, donnant de la hauteur à leur jeu immédiatement. Au centre, un grand plateau permet une circulation chorégraphiée par Rachid Ouramdane, artiste associé du Théâtre de la Ville. C’est au centre que les lycéens arrivent, caricaturés en gosse du 9-3 à sweater à capuche pour devenir de jeunes gens ultra sapés prêts à bosser dans les prestigieuses tours du WTC.
Il y a des facilités dans ce spectacle : les pin-up cheerleaders, les photos des enfants des morts, et même la partie chantée à la façon d’une comédie musicale. Too much ? New York en résumé ! La ville a été touchée, mais elle n’est pas morte. « Il est vital de continuer à consommer » hurle une tradeuse. 11 septembre 2001 montre bien comment la sensation de puissance occidentale a été ébranlée, mais également, comment une ville entière a choisi de continuer à vivre.

Et avant ce 10 septembre 2011 au Théâtre de la Ville, le théâtre a-t-il déjà parlé du 11 septembre 2001 ? ( Par Christophe Candoni)

Ils sont peu d’auteurs à s’être saisit d’un fait historique et politique aussi récent et marquant. Comme Michel Vinaver, Israël Horovitz s’est fait le témoin de l’évènement dans une pièce intitulée « Trois semaines après le paradis ». Le dramaturge américain a vécu l’attentat contre les tours et leur effondrement en direct puisqu’il était à New-York le 11 septembre 2001. C’est pourquoi il s’est immédiatement emparé du sujet et a écrit sur le vif cette pièce de théâtre qui décrit avec finesse et nervosité l’angoisse, l’affolement, l’incompréhension presqu’incrédule et la détresse d’un papa qui attend des nouvelles de son fils, écolier dans un établissement scolaire juste à côté du World Trade Center. La pièce est publiée aux éditions l’Avant-scène et Ladislas Chollat en a proposé une mise en scène. Conscient que le théâtre ne peut rivaliser avec la violence frontale et la brutalité des images largement diffusées sur les écrans de télévision, il définit son rôle comme étant celui « de trouver des moyens pour essayer de faire ressentir aux spectateurs le même choc à travers la parole d’un auteur et à travers le corps d’un acteur ».
Bien que davantage en arrière plan, la catastrophe du 11 septembre est bien évoquée dans « Stuff Happens » de David Hare car elle est le point de départ de son intrigue. La pièce, écrite en 2004, traite de l’intervention des Américains en Irak et pose la question de la responsabilité des dirigeants qui ont provoqué cette guerre et la légitimité de cette réaction précipitée suite aux attentats. Il s’agit d’un texte théâtral mais qui se présente comme un documentaire plus ou moins fictionnel. Son auteur revendique le caractère historique de son texte : « Les évènements relatés ont été authentifiés par des sources multiples, privées ou publiques » affirme-t-il. Les personnages de la pièce sont donc George W. Bush, Tony Blair, Condoleeza Rice et même Dominique de Villepin et leurs répliques sont pour beaucoup des phrases réellement prononcées. Il s’agit d’un véritable défi pour les metteurs en scène, Bruno Freyssinet et William Nadylam l’ont relevé en présentant leur version en 2009 au Théâtre des Amandiers à Nanterre.

Christophe Candoni et Amélie Blaustein Niddam

Visuel 11 septembre 2001 : Répétition à la Comédie de Saint-Etienne @ Marie-Laure Basuyaux- Source SceneWeb.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “Le 11 septembre se met en scène”

Commentaire(s)

  • team32310

    on parle constamment des deux tours du 11 septembre, alors quand réalité il y en a eu trois WTC7, pourquoi les médias ne s’attarde-t-il pas sur cette tour ?

    La réponse est simple ce qui a fait tomber la tour WTC7, la cause officielle avancée après enquête et le feu, si le feu a le pouvoir de détruire ce type de bâtiment aussi facilement et efficacement qu’on l’a vu sur les images, pourquoi existe-t-il des sociétés de démolition ? vu que feu y arrive assez facilement, Pourquoi payer des millions de dollars des sociétés de démolition, vu que le feu peut détruire ce type de bâtiment ?

    je pense qu’il faudrait créer très prochainement une entreprise de démolition qui s’appellerait « allumette démolition ».

    septembre 11, 2011 at 2 h 14 min

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