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Jonathan Safran Foer et la mémoire douloureuse

Jonathan Safran Foer et la mémoire douloureuse

11 septembre 2011 | PAR Amelie De Chaisemartin

Après le succès de son premier roman, Everything is illuminated, Jonathan Safran Foer publie Extremely loud and incredibly close, en 2005.

Les personnages de ces deux romans sont hantés par le passé. Dans Everything is illuminated, le narrateur-auteur, Jonathan, se rend en Ukraine, pour retrouver la femme qui a sauvé son grand-père lors de la destruction de son village par les nazis. Il se fait guider par deux ukrainiens, Alexander et son grand-père, pour lesquels cette enquête dans le passé du narrateur se transforme peu à peu en une remontée dans leur propre Histoire. L’enquête historique est ainsi, pour les deux jeunes héros, une enquête familiale, déterminante pour la construction de leur identité. Le roman entretient ainsi un rapport au temps original. Certains chapitres nous racontent l’enquête menée par les trois protagonistes, d’autres la vie fantaisiste du village et des ancêtres de Jonathan depuis le 18ème siècle, et d’autres sont consacrés aux lettres envoyées par Alexander à Jonathan, alors que celui-ci est de retour aux Etats-Unis, dans lesquelles il commente l’avancée du roman que nous sommes en train de lire. Le passé des héros et du roman apparaît ainsi dans toutes les brèches du présent diégétique, impossible à refouler.

Dans Extremely loud and incredibly close, Oskar Schell, un enfant de neuf ans, ne cesse de revivre le jour où son père, en rendez-vous dans une des tours du World Trade Center, a disparu. Le roman se présente également comme une enquête. Alors qu’il erre comme une âme en peine dans la chambre de son père, Oskar y découvre soudain un vase qu’il ne connaissait pas, dans lequel se trouve une enveloppe sur laquelle il lit le mot « Black », écrit de la main de son père. A l’intérieur de cette enveloppe se trouve une clef. Habitué à ce que son père lui organise des chasses au trésor énigmatiques, Oskar se lance dans un immense jeu de piste. Il parcourt les rues de New-York et tente de retrouver le dénommé Black à qui cette clef pourrait appartenir. Celle-ci lui ouvre les portes de multitudes de vies new-yorkaises anonymes, qui lui partagent leurs souffrances, leurs échecs et leurs deuils. A cette enquête se mêle l’histoire de la grand-mère d’Oskar, dont le mari est parti avant qu’Oskar ne naisse. Alors qu’il espérait seulement trouver la façon exacte dont son père était mort, Oskar va faire des découvertes sur ce grand-père qu’il n’a jamais connu. Le roman est donc à nouveau une enquête familiale et historique. Comme dans Everything is illuminated, le passé historique et le passé de légendes se mêlent, grâce à la fantaisie des personnages new-yorkais rencontrés.

L’auteur ramasse les débris d’un événement incompréhensible et douloureux pour tenter, comme Oskar avec sa clef, d’y trouver un sens. Ce qui compte, dans ces romans, ce n’est pas le sens en lui-même, qui nous échappe toujours, mais la recherche persévérante de sens, l’enquête, à laquelle l’auteur nous invite à ne jamais renoncer. Les personnages de Jonathan Safran Foer sont tous des chercheurs qui persistent à inventer et à imaginer devant l’énigme du mal et de la souffrance. L’imagination burlesque et la poésie semblent ainsi les seules armes qui permettent de transfigurer la mémoire douloureuse en oeuvre.

Les critiques du New-York Times, qui avaient adoré Everything is illuminated, ont accueilli Extremely loud and incredibly close avec plus de froideur, lui reprochant son intrigue chaotique, et un style parfois précieux.

Le roman est cependant en train d’être adapté en film, et sortira en 2012, avec Tom Hanks et Sara Bullock.

 

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Amelie De Chaisemartin

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