Théâtre

L’année de la pensée magique, Fanny Ardant et vous…

13 novembre 2011 | PAR La Rédaction

Au théâtre de l’atelier depuis le 2 novembre Fanny Ardant est cette femme qui s’assoit à côté de nous, près de nous, pour nous raconter, nous murmurer un texte, un monologue de Joan Didion mis en scène par Thierry Klifa.

« La vie change vite.  La vie change en un instant.  On s’apprête à dîner et la vie telle qu’on la connaît s’arrête. »

On peut souvent reprocher à l’art théâtral cette distanciation quasi brechtienne qui nous fait  peut-être prendre conscience de la réalité, mais nous éloigne toujours de celle-ci car nous savons que c’est un spectacle, une micro-société anthropophage qui se conjuguera et dévorera ses héros à la troisième personne. Ici, c’est la place aristotélicienne de l’identification qui vient nous interpeller dès le début de la pièce, on ne sait pas, on ne veut pas le croire, mais cela nous arrivera et l’on sent que cela nous est déjà peut-être arrivé, et l’on pleurera car l’on à déjà souffert nous-mêmes. Il n’y a pas de mystère, il n’y a pas d’intrigue ni de cadavres dissimulés dans une chambre verte ou de corps flottants dans la blanche écume des eaux de Malibu. Il n’y a rien de tout cela. Définitivement cette pièce nous parle de la mort vêtue de ses oripeaux ancestraux que nous voulons ignorer, telle une maitresse éperdument amoureuse de notre corps, que nous voudrions cacher à jamais dans une armoire imaginaire.

Mais cela nous est impossible et Fanny Ardant nous fait côtoyer Hadès minute par minute pour nous dire vous, pour nous dire je, pour nous dire tu, il ; nous allons mourir. Cet instant est inexorable et il peut se diluer à chaque moment dans la toile imprécise d’une peinture fauve, mais nous seront toujours les éléphants de notre propre cimetière. Ainsi nous prenons conscience non pas d’un spectacle, d’un idolum, d’une faucheuse imprécise, mais de cette mort, petite ou grande, ridicule ou superbe, qui à chaque instant est là, omniprésente, mais que l’on nie malgré ses apparats qui nous attend pour le dernier festin et notre dernier repas. L’inimitable voix de Fanny Ardant nous plonge dans le Styx et le décor de la Californie n’y changera rien. Nous somme tous des miséreux, des misérables et nous sommes tous ces gens-là. C’est un monologue que nous ne voulons pas entendre. Mais vous savez, cette salle de réanimation vous la connaitrez, cette urgence à ne pas vouloir prendre la dernière ambulance vous la connaitrez, ne faites pas semblant, Fanny Ardant est là pour vous le rappeler. Quel que soit le synopsis, le scénario ne change jamais et l’admirable programmation du théâtre de l’Atelier nous fait encore passer le message.

C’est une pièce sublime et dure, taillée dans le plus bel airain de la pensée magique des années qu’on ne veut pas oublier, mais nous serons d’une manière ou d’une autre obligés de l’accepter, la mort; même contée par Fanny Ardant.

Steven Guyot.

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