Danse
Le Festival TransDanses : l’énergie vitale des corps partagée le temps d’une danse

Le Festival TransDanses : l’énergie vitale des corps partagée le temps d’une danse

21 novembre 2022 | PAR Camille Curnier

C’est dans l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône que se dévoile l’édition 2022 du Festival TransDanses. Un programme qui se veut varié et une volonté de partage de cette passion autour de l’art du mouvement. Ce mercredi 16 novembre était placé sous le signe du corps féminin et de son incarnation autour des performances de Tatiana Julien et Anna Gaïotti dans Une nuit entière, et de Justine Berthillot et Xavier Roumagnac avec Desorden.

Une performance spatiale au défi de la pesanteur – Desorden

Quelques enfants éparpillés sagement devant la scène attendent avec impatience l’arrivée de la jeune artiste et metteuse en scène Justine Berthillot tandis que d’autres viennent simplement profiter du spectacle avant d’assister à la performance de Tatiana Julien qui se déroulera plus tard dans la soirée.

Les plus jeunes sont ébahis devant la danse risquée à laquelle s’adonne Justine alors que l’ambiance est lourde et dystopique. Un côté mécanique parfois animal que l’on retrouve par ses gestes désarticulés sur la petite scène. Son visage est figé mais ses mouvements sont expressifs. Le point d’origine de Desorden est peut-être la recherche de l’inconscient et l’approche de l’inconnu autour du corps, mais ce n’est pas un simple récit esthétique que nous dévoile l’artiste circassienne.

Desorden, c’est comme une traversée en danse de l’espace, dans un désordre rythmé et poétique. Du haut de ses patins à roulettes, Justine se balade avec une telle simplicité, muée par le son de Xavier Roumagnac qui l’accompagne à la batterie. Un grand défi pour la jeune femme qui est avant tout voltigeuse et pour qui ces patins ajoutent un poids considérable pour se mouvoir. Ses mouvements n’en restent pas moins spectaculaires. Elle se contorsionne et se déploie de manière délicate et incantatoire, c’est à la fois beau et intense.

Une danse macabre et intime au cœur du corps – Une Nuit Entière

C’est dans un coin feutré de l’Espace des Arts que le public s’installe autour de la scène. Des coussins sont disposés au sol pour ceux et celles souhaitant être au plus près des deux artistes présentes ce soir.

Tatiana Julien et Anna Gaïotti s’embrasent et s’embrassent dans leur nouveau spectacle Une nuit entière dans lequel, le temps d’une heure,  le corps revient à sa nature primaire et charnelle. Elles se rencontrent dans le cadre des soirées Lilith’s room où elles sont programmées sur une carte blanche au Silencio de Paris. Entre les deux femmes c’est un réel coup de cœur, une symbiose que l’on retrouve notamment dans leur performance et dans l’imbrication naturelle de leurs corps.

Les lumières sont tamisées et dirigées au centre de la pièce où le corps de Tatiana incarne une figure inanimée gisant sur le sol. Elle semble désarticulée et pourtant paisible sous cette lumière chaude et où s’installe le doux bruit du vent. Une silhouette apparaît dans le public, les seins nus, c’est Anna. Elle s’approche du corps. Ses gestes sont primaires et presque animaliers. Le contact des deux corps est lent et funèbre. Le simple corps inanimé de Tatiana devient à travers les yeux d’Anna, une figure maternelle que l’on tente de refaire vivre avec des touchers et des caresses.

L’espace est dénudé, une simple flamme éternelle, parfois appelée flamme du souvenir, est allumée au centre de la pièce. Pourtant, au travers de leurs mouvements, leur histoire nous accueille dans un tout autre lieu. On s’imagine au beau milieu d’une forêt, d’arbres humides et épais ou à l’intérieur d’une grotte froide et inconfortable. C’est dans ce décor fictif que leurs deux corps se muent pour ne faire qu’un.

La musique légère et naïve laisse place à des sons pesants et sourds. Les corps des spectateurs se crispent à mesure que le ton augmente. On assiste à une véritable danse macabre où les silhouettes prennent corps. Une image charnelle d’entre les morts se dévoile sous les yeux du public angoissé. Les corps se transforment, s’animent et « se donnent jour » dans un rituel horrifique. La naissance et le réveil d’une âme dans la nuit sombre et intime que nous présente la scène. Les visages ne sont plus neutres mais torturés, affichant une vision d’épouvante que certains rapprocheront des œuvres de Francis Bacon. La bouche grande ouverte, les corps nus se disloquent et s’agitent à travers des cris inhumains qui leur redonnent vie. Les émotions sont fortes, les lumières tremblent devant cette scène que l’on pourrait qualifier de possession tant la douleur se fait ressentir.

Les deux femmes finissent par s’entrechoquer dans leur folie et par s’unir en une chimère sans tête. Doucement, la tension redescend et le toucher s’installe à nouveau comme un désir primaire et réconfortant. Ce ne sont plus des cris mais des appels qui nous font comprendre que leurs deux êtres doivent s’unir pour exister. L’idée non plus du corps comme simple réceptacle mais comme organe singulier qui vit à la cadence des battements réguliers et délicats du cœur. Tatiana et Anna sont entremêlées au sol dans une forme ambiguë, échouées sur le rythme des vagues dans un désordre harmonieux et intime. 

Le temps de récupérer leurs affaires aux vestiaires, les spectateur.rice.s restent muet.te.s. L’histoire est-elle finie et d’ailleurs comment se finit-elle ?  Un retour à la nature « animalier et bestial » que l’on retrouve dans beaucoup de spectacles de Tatiana. Une danse qui pose la question des expériences de vie, des mondes nocturnes et qui nous laisse perplexe face à la beauté dérangeante de la performance.

 Visuel : © Natacha Gonzalez & Florent Hamon

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Camille Curnier

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