Spectacles
« Laboratoire Poison » à la Belle de Mai : une belle réflexion sur les questions de représentation théâtrale

« Laboratoire Poison » à la Belle de Mai : une belle réflexion sur les questions de représentation théâtrale

13 octobre 2022 | PAR Julia Wahl

Adeline Rosenstein nous propose, dans son Laboratoire Poison, une réflexion en actes sur la représentation de la résistance et de la collaboration. Un spectacle en quatre épisodes, programmé par la Criée et accueilli à la Friche de la Belle de Mai, en co-accueil avec le Théâtre du Gymnase.

Dialectique de la résistance et de la collaboration

Le spectacle s’ouvre sur une adresse public de la metteuse en scène : comment montrer au théâtre la résistance et la collaboration ? Comment distinguer, par les seules actions, celles ou ceux qui trahissent de celles et ceux qui restent fidèles à leurs convictions ? Les attitudes extérieures sont tellement proches…

Une ressemblance qui est à l’image de la facilité avec laquelle on passe de l’un à l’autre : quid de ces résistant.e.s prêt.e.s à dénoncer leurs camarades pour sauver leur peau ou de celleux qui passent sans état d’âme du maquis à la répression de l’indépendance algérienne ? Cette question est étudiée principalement à travers trois moments particuliers de l’histoire du XXe siècle : l’indépendance du Congo belge, de l’Algérie et de la Guinée-Bissau.

Distanciation et participation

Pour illustrer cette similitude, les acteurs et actrices reconstituent au plateau des photographies, vraies ou fausses, de collaborationnistes et de résistant.e.s : extérieurement, difficile de faire la différence… Ce travail sur les apparences est mis en valeur par un plateau presque nu et des tenues quotidiennes. Surtout, le jeu des acteurs est extériorisé, presque blanc.

Le rapport particulier entre comédien.ne et personnage participe de cette distanciation : brisant sans vergogne la catégorie classique de l’emploi théâtral, les choix de distribution s’inscrivent dans une perspective résolument contemporaine, qui tient autant à la politique qu’à l’esthétique. Grâce au jeu blanc et au regard distancié, les actrices peuvent représenter des hommes, les acteurs des femmes, les Blanc.he.s des Noir.e.s et les Noir.e.s des Blanc.he.s. C’est, là encore, l’adresse public qui permet aux comédien.ne.s d’indiquer quels personnages ils représentent (« incarner » est ici inapproprié) et au public de faire le travail d’imagination nécessaire. Spoiler : cela fonctionne. La participation du public, pour être discrète, est au centre de la mise en scène. Ce spectacle apparait ainsi comme une jolie réflexion en actes sur les possibles théâtraux et leurs rapports à la politique. La propagande n’est-elle pas, par nature, un art de la mise en scène ?

 

En tournée :

Comédie de Saint-Étienne – Création ANTIPOISON
du 04 au 08 octobre 2022
La Criée Théâtre National de Marseille / Théâtre du Gymnase
du 11 au 15 octobre 2022
Comédie de Valence
du 18 au 19 octobre 2022
Le Liberté Scène nationale de Toulon
le 21 octobre 2022
Théâtre des 13 Vents Centre dramatique de Montpellier
du 16 au 18 novembre 2022
Théâtre Varia / Rideau de Bruxelles
du 09 au 12 mars 2023
Théâtre de Gennevilliers T2G
du 16 au 18 mars 2023
Théâtre Vidy-Lausanne
du 22 au 25 mars 2023
 

Avec

Aminata Abdoulaye Hama, Marie Alié, Habib Ben Tanfous, Marie Devroux, Salim Djaferi, Thomas Durcudoy, Rémi Faure El Bekkari, Titouan Quittot, Adeline Rosenstein, Talu, Audilia Batista en alternance avec Christiana Tabaro, Djucu Dabò en alternance avec Michael Disanka



Conception, écriture, mise en scène Adeline Rosenstein

Assistanat à l’écriture, dramaturgie et mise en scène Marie Devroux

Regard extérieur Léa Drouet

Composition sonore Andrea Neumann, Brice Agnès

Espace et costumes Yvonne Harder

Éclairage Arié van Égmond

Direction technique Jean-François Philips

Régie lumière Benoît Serneels

Documentation Saphia Arezki, Hanna El Fakir

Regards historiques Jean-Michel Chaumont (Poison 1), Denis Leroux (Poison 2), Jean Omasombo Tshonda (Poison 3),
Ângela Coutinho (Poison 4).

Diffusion Habemus Papam

Coordination de production Maison Ravage – Edgar Martin

Production Maison Ravage, Comédie de Saint-Etienne et La Criée – Théâtre National de Marseille 

En co-accueil avec Le Théâtre du Gymnase – Hors les Murs 

Coproduction ExtraPôle SUD Provence-Alpes-Côte d’Azu

 

 

 

Photo : ©Annah Schaeffer

Yôkai, des monstres de papier très kawaii
Lise Davidsen à Gaveau : une grande wagnérienne, pas dans son élément chez Verdi
Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration