Théâtre
La maison, figure clé du théâtre contemporain

La maison, figure clé du théâtre contemporain

26 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si chez Feydeau les portes claquent depuis longtemps, les metteurs en scène d’aujourd’hui utilisent tout l’arsenal dramatique que procure une maison. Réflexions en temps de confinement

Au point de départ de cet article, une image tirée de nos souvenirs. Nous sommes en juillet 2017,  dans la Cour du lycée Saint Joseph du Festival d’Avignon. Sur le plateau se dresse un immeuble de deux étages, avec un toit. Une vraie baraque, toute vitrée. Et tout se passe à l’intérieur. Il s’agit d’Ibsen Huis, le mash-up de Simon Stone à partir des personnages d’Ibsen. Nora et toute sa filiation vit entre ces murs et à travers les époques. Ce qui est intéressant c’est que la construction architecturale  dans ce cas n’est pas du tout une réactivation du quatrième mur, lui est bien mort depuis longtemps, non, c’est tout le contraire, c’est un ajout dramaturgique voyeuriste. Voir à travers les murs les tragédies actuelles. 

Warlikowski fait cela depuis longtemps. Il met les personnages et les intrigues sous cloche. Contrairement à Stone, un plateau existe en dehors de l’habitation. Reste que derrière les vitres, dans les salles de bains ou des églises, les histoires se font et se défont. Dans sa dernière pièce très archétypale de son travail, On s’en va, les personnages sur-éclairés et armés de perches à selflie passaient leur temps à rentrer dans des espaces clos.

Vous le comprenez, il ne s’agit pas de figurer un intérieur, cela se fait tout le temps, comme dans l’affreuse mise en scène de Ivo Van Hove pour la Ménagerie de Verre, il s’agit de le recréer avec ses fermetures. Il en va de même pour le Vera de Martial di Fonzo Bo, la relation au père se tisse au début du spectacle grâce à un univers clos où l’appartement est fermé par un mur un peu voilé.

Toujours, un escalier ( Ah, La Maison de Poupée d’Ostermeier), une porte qui peut se fermer ( Oedipe dans sa caravane surélevée dans  Le reste vous le connaissez par le cinéma de Jeanneteau) ajoute du drame au drame, de la fiction à la fiction. Loin de couper le plateau du public, cela renforce la relation en mettant tout le monde à égalité. Comme les personnages, nous aussi sommes intégrés à des intérieurs qui deviennent des mondes intimes et essentiels, urgents. 

En resserrant l’espace scénique, en le voilant, le théâtre offre des fenêtres sur cour. Au XXIe siècle, la vie est ailleurs normalement, connectée et mobile, la maison n’est plus le foyer principal, mais comme une résidence secondaire, celle où l’on se retrouve pour dîner, se retrouver. L’occasion alors, de faire le point sur les frustrations, les mélancolies et les nostalgies. Une vraie leçon de confinement en somme !

 

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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