Théâtre
« On s’en va », Krzysztof Warlikowski par les racines à Chaillot

« On s’en va », Krzysztof Warlikowski par les racines à Chaillot

14 novembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cela faisait plus de dix ans que Krzysztof Warlikowski se perdait dans des mélanges de textes désincarnés. On ne peut que saluer ce retour à la maison, drôle de paradoxe pour une pièce sur le départ !

Écrivons le directement : c’est une joie immense de retrouver « warli » chez lui,  au théâtre, dans sa mise en scène iconique, avec l’auteur qui l’a fait connaitre en France. Depuis 2003 et son mémorable Kroum, il y avait eu un seul acte fort, en 2007, nommé Angels in America I & II. Depuis, que ce soit avec le très tendancieux Apollonia ou les accumulations du Tramway, on avait perdu espoir.

Mais au fait, c’est quoi une mise iconique de Warlikowski ? Et bien, c’est un grand plateau, avec un plancher en bois. Et tout autour des portes vitrées derrières lesquelles il peut se passer des choses. Les personnages exubérants sont très éclairés, parfois même avec une conduite, ils sont cinématographiques et ils adorent les perruques et les grosses lunettes noires. Ils aiment se filmer, mais comme on est désormais bien entrés dans le XXIe siècle, ici, c’est à l’aide d’une perche à selfie. 

Dans la pièce d’ Hanokh Levin, il y a deux fils conducteurs apparents : la mort et les mères. Dans ce spectacle écrit comme une version israélienne de Short Cuts, les personnages commencent à être ensemble sans s’écouter pour finir a être seuls aux mondes, réunis.

« Tous les morts, Dieu merci, sont en bonne santé »

Le metteur en scène polonais a adapté Sur les valises, comédie en huit enterrements de l’auteur israélien. Il est délicieux de retourner aux racines même de l’Etat juif, construit sur le modèle des villes polonaises. Et d’entendre cette langue traduire l’hébreu. Le yiddish n’est pas loin dans ces portait de mères juives que les enfants ont du mal à quitter. Ils veulent donc tous s’exfiltrer cette petite vie que l’on imagine se dérouler dans une banlieue morte. Les dix-neuf comédiens, (Agata Buzek, Andrzej Chyra, Magdalena Cielecka, Ewa Dalkowska, Bartosz Gelner, Maciej Gqsiu Gosniowski, Malgorzata Hajewska-Krzysztofik, Jadwiga Jankowska-Cie slak, Wojciech Kalarus, Marek Kalita, Dorota Kolak, Rafal Mackowiak / Maciej Stuhr, Zygmunt Malanowicz, Monika Niemczyk, Maja Ostaszewska, Jasmina Polak, Piotr Polak, Jacek Poniedzialek, Magdalena Poplawska), traversent la scène, certains ont des valises, mais ils ne décollent pas. 

Fuir, mais fuir quoi ? L’un rêve de Suisse, mais c’est la pute qu’il baise qui partira là-bas. Une autre veut Londres et comme c’est une femme, elle y arrivera. Ici les hommes tombent comme des mouches et les filles usent de leurs corps pour les pousser dans la tombe avant elles. La vulgarité, autre axe de travail de Warlikowski montre la misère des petites vies. D’ailleurs, le message est clair, il y a des toilettes derrière un grillage sur scène. 

La bande son est une actrice dans On s’en va qui ouvre en 1998 sur la victoire de Dana à l’Eurovision. Seront convoquées également Madonna et Party Girl de Michelle Gurevich, ici chantée live, à cheval sur le dos d’une demi drag-queen. 

A la fin, on le sait, tout le monde meurt, ce n’est n’est pas une découverte ! La pièce de Levin dans les mains de Warlikowski est une allégorie plus vaste de sa Pologne mal en point.  Le désespoir est partout même à la table de bridge. Ses personnages s’agitent en attendant que ça se termine. On s’en va est une fable absolument cynique, un peu sale, et qui nous séduit follement par son manque d’espoir. 

Jusqu’au 16 novembre au Théâtre National de Chaillot, à 19H30-Durée 3H30, en polonais surtitré.

 

 

Visuel : ©Magda Hueckel

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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