Théâtre
Warlikowski adapte Proust avec froideur

Warlikowski adapte Proust avec froideur

20 novembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Les 18 et 19 novembre 2016, le Théâtre de Chaillot montrait le nouveau spectacle du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Intitulée « Les Français » et durant 4:30, cette adaptation nécessairement personnelle de la Recherche permettait de retrouver tous les personnages sans parvenir à émouvoir. Un Proust noir, politique et d’une froideur qui laisse à penser que la vie enfin vécue n’est pas le théâtre de Warlikowski.

warlikowski

Dans une cage à roulettes la belle Société des « Français » avec à sa tête la sublime Oriane de Guermantes exhibe son bon goût, ses potins et ses opinions très politiques. L’Affaire Dreyfus les préoccupe beaucoup, plus que l’amour de Swann pour la sexy Odette de Crécy et plus même que les tentations de nuit au miroir et au bar du jeune et timide Marcel pour le sexe masculin… Alléguant que « Proust n’est absolument pas montrable », Warlikowski propose une installation à partir de phrases et des personnages de la Recherche qu’il fait évoluer de tome en tome en rajoutant ou soulignant des scènes et des extraits de Racine ou Paul Celan.

Visuellement très abouti entre chorégraphies, projections cinématographiques, grands discours philosophiques, théâtre et pièces de musique (on assiste à un véritable concerto pour violoncelle avec la Princesse de Naples), le spectacle dépeint l’entrée dans le noir avec l’avancée dans le 20ème siècle pour les personnages de Proust. Malgré des références précises à l’opéra et aux arts de l’époque, leurs logorrhées d’icônes précieuses ne touchent pas. Fasciné par la judéité et l’homosexualité de Marcel Proust, Warlikowski nous fait perdre de vue l’humain et la littérature pour nous plonger dans un long plaidoyer politique. Ce dernier culmine au début du dernier acte par un discours rugissant à l’encontre de tous les Européens (sorte d’excroissance des « Français » du titre de la pièce) conspuant l’échec de leurs idéaux. Tout cela est noyé dans un son de guitare saturé, la Fugue de mort de Paul Celan et le long monologue final de Phèdre par très « Berma »… pour laisser le public un peu dubitatif sur la vision que propose la pièce, et de Proust et de l’apocalypse. Le cérébral de la Recherche sans les sentiments, c’est vraiment décevant, malgré la force des références et l’urgence du message que le metteur en scène veut faire passer… A voir pour les performances des acteurs et la scénographie.

visuel: Tal Bitton

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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