Théâtre

Daniel Jeanneteau met Euripide en échos au Festival d’Avignon

Daniel Jeanneteau met Euripide en échos au Festival d’Avignon

20 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le directeur du T2G met en scène pour le Festival d’Avignon Le reste vous le connaissez par le cinéma, une plongée contemporaine et addictive dans Les Phéniciennes d’Euripide.

Il faut raconter une histoire plusieurs fois pour qu’elle puisse se faire entendre, dit Papy Maurice Mbwiti dans Histoire(s) du Théâtre II, et c’est que fait Martin Crimp en réécrivant, finalement légèrement,  Les Phéniciennes. Cette histoire, on l’a entendue beaucoup, au théâtre, en livres, au cinéma et pourtant, cette saga à faire pâlir Dynastie reste un poignard. Un homme qui se crève les yeux pour avoir couché avec sa mère sans le savoir. Un père qui doit sacrifier son fils. Une fille qui se fait emmurer avec le cadavre de son frère. Sérieusement, a-t-on fait mieux en manière de tragédie ?

La langue de Crimp suit la trame exacte d’Euripide mais lui ajoute deux petites fantaisies efficaces : un chœur de jeunes femmes urbaines et une langue amplifiée par une syntaxe d’aujourd’hui. La scénographie de Jeanneteau est très juste : un toit de carrés lumineux, un plancher de lattes qui va jusqu’aux murs. Des chaises de classes, des tables sommaires et comme l’habitacle d’un mobil-home en haut d’un escalier. Comme toujours, la brume est là, en compagne de route.

Pour le moment, le chœur (dirigé par Elsa Guedj accompagnée de Delphine Antenor, Marie-Fleur Behlow, Diane Boucaï, Juliette Carnat, Imane El Herdmi, Chaïma El Mounadi, Clothilde Laporte, Zohra Omri) joue aux devinettes : comment les morts parlent-ils aux vivants ?  demande-t-il avec candeur. Le chœur sera la stéréo des personnages, leur indiquant, bonne idée de mise en scène, les didascalies en toute voix.

Dans cette pièce où, longtemps, les femmes règnent, menées par Jocaste qui campe une fusion de toutes les tragédiennes (Silvana Mangano bien sûr mais aussi Isabelle Huppert dans Médée), le « coupable » est caché. Il en faudra du temps pour que la violence des hommes fasse pisser le sang et qu’Oedipe aussi sourd qu’aveugle sorte de sa piaule. Le texte réactualisé résonne avec notre monde avec beaucoup de punch : « Où est le problème avec le pouvoir absolu ?” demande Etéocle qui ne remplit pas sa part du contrat concernant le partage de la direction de Thèbes.

Les protagonistes excellent dans un jeu, le titre l’indique, très cinéma. Solène Arbel est une Antigone parfaitement exaspérante, Stéphanie Béghain est une froide gardienne, Axel Bogousslavsky  un Tirésias comme un spectre vivant, Yann Boudaud un Oedipe barbot, Quentin Bouissou un Etéocle à l’américaine, Clément Decout un Ménécée naïf, Jonathan Genet un Polynice chevalier et Dominique Reymond une Jocaste tragédienne.

Jeanneteau pioche autant dans la beauté de Pasolini que dans le kitsch de Don Chaffey et s’amuse du décalage entre le sujet et le jeu, autant too much que l’est l’histoire. On se prend totalement au jeu de cette pièce de 2H30 qui passe en quelques minutes, saisis par cette histoire que l’on connaît  pourtant par cœur, comme si un espoir existait que tout finisse bien pour une fois.

Jusqu’au 22, Gymnase du lycée Aubanel à 18h00. Durée 2h30

Du 9 janvier au 1er février au T2G

Visuel : Le reste vous le connaissez par le cinéma – ©Mammar Benranou

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