Théâtre

La loi du marcheur fait escale au 104

16 décembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Un ange mort et une galerie des glaces brisée nous amènent jusqu’à la salle du 104, où, dans le cadre de la nouvelle programmation liftée, nous attend, fumant clopes sur clopes l’immense comédien Nicolas Bouchaud, juste avant de plonger dans la vie du cinéphile  Serge Daney. La Loi du marcheur est à l’affiche jusqu’à dimanche.

On l’aime beaucoup Nicolas Bouchaud. Son regard de fou et ses cheveux hirsutes attirent vers lui les regards du public laissé en lumière pour plus de dialogue. Il nous raconte une très belle histoire qui finit mal. Celle du siècle, le dernier, le XXe. Le très sale. Pour raconter, il passe par l’histoire du cinéma en devenant Serge Daney , rédacteur en chef des Cahiers du cinéma puis journaliste à Libération. Le temps du récit est celui des dates du cinéphile: 1944-1992. Cinquante ans de plongée dans les images fondatrices de cette époque là.

La pièce est à l’origine une série d’entretiens entre Régis Debray et Serge Daney, « L’itinéraire d’un ciné-fils ». Le metteur en scène Eric Didry a retranscrit les échanges et a adapté le texte résultant à la scène en transformant le dialogue en seul en scène.

Le spectacle interroge le changement du statut de l’image, pleure sur une époque révolue avec une nostalgie crédible. Il est perdu le temps où « l’on montrait », où l’image était acte.  Les discours préfabriqués des candidats aux jeux de téléréalité sont passés au crible.

Dans un décor bien pensé composé au fond d’une grande toile oblique,  support aux projections de mots et de films, et, en avant -cène, une chaise,un micro et un vieux magnétophone Nicolas Bouchaud évolue, se fige parfois et constamment nous parle de ce sujet grave qu’est la perte des repères.

Par le récit, on voyage des histoires les plus célèbres aux rendez vous improbables avec des cinéastes aujourd’hui inconnus. Le marcheur du titre prend vite  les traits de John Wayne dans Rio Bravo. Le spectacle  est rythmé par des extraits du film, le premier que Serge Daney ait critiqué. Nicolas Bouchaud nous délecte en mimant les scènes projetées déclenchant des rires francs.

On s’amuse, on est amené à participer de temps en temps, on pense avec attention. La loi du marcheur est un spectacle sur  le temps , une déclaration d’amour aux années mythiques du cinéma, une photo portrait de cinquante ans d’histoire. Serge Daney est né pendant la guerre et mort du Sida :  un ange mort dans une galerie des glaces brisée.

(c) Brigitte Enguerand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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