Théâtre
La Forteresse du sourire : dans les cuisines intimes de Kurô Tanino

La Forteresse du sourire : dans les cuisines intimes de Kurô Tanino

23 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre du Festival d’Automne, le T2G, dans son extrême fidélité accueille à nouveau Kurô Tanino pour un bijou, un double huis clos ouvert sur nos cœurs.

Les spectateurs assidus du Festival d’Automne ont déjà eu l’occasion de plonger dans l’univers très singulier de ce metteur en scène japonais qui manipule comme un marionnettiste l’hyper-réalisme pour le rendre onirique.

Avec la Forteresse du Sourire nous assistons à un monument de mise en scène. Le décor est troublant, il met côte à côte deux appartements absolument identiques. Et un peu à la façon d’un split-screen au cinéma, deux histoires vont se dérouler de façon mitoyenne, presque sans se croiser. Mais pour nous, témoins, vues de face, ces deux vies seulement reliées par une même adresse deviennent un seul bloc.

D’un côté Takashi, pêcheur, habitant là depuis 35 ans. Il a aujourd’hui 53 ans et la vie est toujours la même, plutôt heureuse. Avec ses amis, ils se retrouvent tous les jours pour boire, manger et regarder l’horoscope. Un jour, des voisins arrivent et un jour, ils repartiront. Entre, la maladie s’invite à côté, un homme tente de s’occuper de sa mère sénile avec toute la pudeur possible. À gauche, la légèreté, à droite, la descente en enfer.

Alors, la pièce se déroule sans que l’on s’en rende compte. Il ne se passe rien d’autre que de l’absolu quotidien. Il est question de nori, de sashimi, de soupe miso au crabe, de toilettes où l’on va la porte ouverte ou fermée, de futon que l’on déroule sous la table basse de la cuisine, transformant l’espace exigu en chambre.

Et comme ça, les jours et les nuits passent. Les saisons passent. La mer est agitée, les pêcheurs restent dans la maison, le ciel est beau, ils sortent. La vieille dame veut aller voir la plage, c’est possible encore, bientôt, il faudra juste la maintenir à l’intérieur, en sécurité.

Le décor est hyper réaliste. Le cuiseur de riz fonctionne comme le feu qui fait bouillir le repas dans la maison de droite. Il est tellement réaliste qu’il nous traverse. On a le sentiment d’habiter avec eux et quand la pièce se termine, il y a une sensation très bizarre, et partagée, de voir l’espace être encore rempli par le jeu de Susumu Ogata, Kazuya Inoue, Koichiro F.O. Pereira, Masato Nomura, Hatsune Sakai et Katsuya Tanabe.

C’est un cadeau en fait, c’est comme ça qu’il faut prendre ce geste. Celui de nous avoir laissé écouter, partager des vies qui ne sont peut-être pas les nôtres, mais qui par touches y ressemblent surement. C’est fort, car rien n’est jamais souligné, tout est transmis par vagues, et de toutes façons, à la fin, le cerisier sera en fleurs.

Jusqu’au 28 novembre au Théâtre de Gennevilliers (Métro Gabriel Peri) . À 20h du lundi au vendredi. Le samedi à 18h et le dimanche à 16h. Durée 1H50.  Réservations ici.

« La Forteresse du Sourire » Kuro Tanino © Takashi Horikawa

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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